SENS CRITIQUE
La rubrique Sens Critique accueille des textes de réflexion et de débat sur des sujets de société, d’histoire, de philosophie, les sciences...
Résumé : Christophe Premat examine ici la manière dont les sociétés démocratiques envisagent le fait guerrier. Cornélius Castoriadis s’est interrogé tout au long de son œuvre sur l’expansionnisme guerrier des sociétés bureaucratiques marquées par une séparation entre une couche de dirigeants et une couche d’exécutants. Les régimes démocratiques ne nient pas le fait de la guerre, mais le comprennent comme relevant d’une décision collective. En quoi la décision de la guerre révèle-t-elle le fonctionnement des institutions sociales ?
Mots-clés : démocratie – bureaucratie – décision – guerre – stratocratie
Abstract : The article focuses on the way democratic societies tackle the wars. In his books and articles, Cornélius Castoriadis questioned the war expansionism of bureaucratic societies which separate rulers and workers. The democratic regimes do not deny the fact of the war, but consider it as the product of a collective (...)
Resumo : De paso por Lyon, queriendo trabajar en este artículo sobre le Deuxième sexe pero sin tener el texto a la mano, encontré en una tiendita de dos mujeres una edición de 1949, el año de su publicación. Una edición sin un valor bibliófilo particular : no estaba ni numerada ni firmada por la autora. De todos modos, en su banal materialidad, el papel ordinario, y ya para ese entonces amarillento, suscitaba una emoción, devolvía el libro a su tiempo, hace sesenta años. Releer le Deuxième sexe hoy, con los ojos míos, me lleva ante todo a medir la distancia de situación con lo que escribe Beauvoir desde los años 1940-50. Medir la distancia, digámoslo precisando “localmente”, si es que conviene no hablar de mujeres en general sino considerar la pluralidad de situaciones, incluido localmente por lo demás, por ejemplo acá, en Paris, imaginemos que escribo estas líneas en una terraza del Café du Flore próxima de la iglesia Saint Germain des Près…
Résumé : De passage (...)
Abstract : There is no doubt that the issue of environment has become one of the most important of our generation. Whether people contest global warming with passion or want to preserve planet Earth with the most radical methods, the issue generates ardent debates that leave no one indifferent. After having spent nearly four years at the International Energy Agency in Paris, Ralph E. H. Sims has recently returned to his position as Professor of Sustainable Energy and Director of the Centre for Energy Research at Massey University in New Zealand. He is also an IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) Co-ordinating Lead Author for several IPCC reports covering energy supply, integration and transport. In an essay based on a solid knowledge of the environmental issues and written with a dose of imagination and a touch of humour, he offers his perspectives on a rather dark future for those who prefer the status quo and a brighter one for those who defend a vigorous action in (...)
Résumé : Incontestablement, l’enjeu de l’environnement s’est imposé comme l’un des plus importants de notre génération : que l’on défende avec force les méthodes les plus radicales pour préserver la planète ou que l’on conteste avec véhémence le réchauffement climatique, le sujet suscite des débats passionnés et ne laisse, des citoyens aux dirigeants, personne indifférent. Après avoir passé près de quatre ans à l’Agence internationale de l’énergie à Paris, Ralph E. H. Sims a retrouvé récemment son poste de professeur spécialiste des énergies renouvelables et directeur du Centre pour la Recherche sur l’énergie à l’université Massey de Nouvelle-Zélande. Il est également un auteur/coordonateur de plusieurs rapports pour le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Dans un essai-fiction reposant sur une connaissance précise des enjeux et écrit avec une dose d’imagination et un (...)
Résumé : Les auteurs marxistes attribuent généralement les dégâts écologistes au capitalisme et considèrent que les mouvements écologistes sont au mieux « petits bourgeois », plus souvent « réactionnaires ». Les enjeux écologiques commencent toutefois à être l’objet de la pensée marxiste. John Bellamy Foster est l’un des auteurs qui œuvre à cette élaboration. Nous montrons ici que la démonstration n’est pas convaincante, elle ne théorise pas de praxis écologiste. L’échec peut être attribué à la divergence des rapports au « progrès technique ».
Mots-clés : Écologie – Marxisme – Technologie – Démocratie – Foster
Abstract : Marxists authors are usually attributing the ecological destruction to capitalism and they see ecological movements at best as « petty bourgeois », more often « reactionary ». But ecological issues are slowly coming on marxism’s agenda. John Bellamy Foster is one leading author here. Through a careful (...)
A trent’anni dalla sua morte, l’opera del filosofo francese costituisce ancora un mistero. Rimossa dalla scena pubblica la figura dell’intellettuale impegnato, la sua riflessione attorno al rapporto tra l’universale e il particolare può tuttavia costituire una bussola per orientare la prassi teorica fuori dalle secche di un disimpegnato specialismo.
Résumé : Une promenade intellectuelle de l’historien Jorge Orlando Melo, ancien directeur de la Bibliothèque colombienne Luis Angel Arango, qui explore les vertus et les limites de la grande rivale de l’Encyclopédie Britanica et propose un parcours qui va des inventeurs du genre, alors convaincus que la connaissance aiderait les hommes à se libérer de l’Église, de l’État et des supercheries jusqu’aux tentatives variées d’encyclopédies colombiennes. Sans oublier que Wikipedia en anglais et en espagnol, ce n’est pas la même chose.
Resumen : Un paseo intelectual del historiador y ex director de la Biblioteca Luis Angel Arango, Jorge Orlando Melo, por las virtudes y limitaciones de la gran rival de la Enciclopedia Britanica, en un recorrido que va de quienes inventaron el genero, convencidos de que el conocimiento ayudaría a los hombres a librarse de la Iglesia, el Estado y la superchería, hasta los diversos intentos de enciclopedias (...)
Abstract : Esiste una contraddizione fondamentale nella nostra epoca, mentre da un lato nega il pensiero magico, le credenze religiose e vuole sbarazzarsi dei miti, dall’altro ne ricostituisce di nuovi, come fa Yves Bonnefoi con Rimbaud o, come fece un tempo, Sartre con il comunismo. Eppure, queste nuove credenze, pur essendo implicite e celate, ci costano molto care, perché ci asserviscono, nostro malgrado, a dei nuovi precetti e a dei nuovi idoli che non dovremmo rimettere in discussione. Com’è possibile restare ragionevoli in una tale trama di contraddizioni ? A questo punto, risulta chiara la posizione cinica di Foucault : almeno sappiamo di cosa si tratta, il ragionevole viene collocato nella sua posizione più semplice, altresì la più ovvia. “Il meglio è nemico del bene” come affermava anche Ivan Illich.
Résumé : On trouve une contradiction essentielle de notre temps qui, d’un côté nie la pensée magique, les croyances religieuses et veut se (...)
Résumé : L’œuvre de Simone de Beauvoir a fait l’objet de nombreux commentaires. Bon nombre de ceux-ci concernent le livre qui, revendiqué par une part importante du mouvement féministe dès les années 70, a assuré sa pérennité, et a servi d’introduction sinon de clé à tous les autres : Le deuxième sexe. Les analyses critiques de la situation des femmes qu’il développe, chapitre après chapitre, ont inspiré une partie importante de ce mouvement dans son entreprise de dépassement théorique et politique des injustices qui structurent les rapports entre les sexes. Rappeler l’excédent de la douleur sur l’injustice ou de l’altération sur l’aliénation dans l’œuvre de Beauvoir, ce n’est pas questionner la validité de l’analyse politique qu’elle développe mais resituer le politique sur le fond du (...)
Résumé : Individus réduits à l’état d’équations économiques, ballotés par l’usage des nouvelles technologies et incapables de penser le monde qui vient ou la vie qu’ils mènent : peut-être notre siècle naissant manque-t-il de philosophes, de ceux qui pourraient offrir aux uns et autres de se tracer un chemin dans un monde mondialisé qui semble nous faire perdre souvent le peu de raison que de grands penseurs ont jadis pu trouver en nous.
En ce sens, l’œuvre de Nicolas Grimaldi se parcourt comme une sente. Se singularisant par la maîtrise d’une prose dont il a le secret, le philosophe a, au fil des années, rédigé une somme aussi brillante que fabuleuse à explorer. Sa réflexion laboure le champ des idées : la liberté, la solitude, le mal, le sens de la vie, le désir, le temps, le moi…
Professeur émérite à la Sorbonne, il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont L’homme disloqué, le Traité des solitudes, (...)
Résumé : Jusqu’ici les moyens de prendre l’ascendant dans un conflit ont été orientés dans le sens de la domination totale de l’adversaire et, notamment, de la prise d’initiative sur lui. En combinant les travaux d’Idries Shah et de Francisco Varela, nous proposons d’ajouter à cette dimension classique de la stratégie, une dimension nouvelle consistant à modéliser les conflits comme des entités autonomes que l’on peut cibler et détruire. La domination et la prise d’initiative stratégique tiennent alors non plus seulement à la destruction des forces de l’adversaire, mais, également, à la capacité à détruire n’importe quel conflit déjà déclaré. Cette approche est étudiée dans le cas d’un conflit armé ou économique. Nous concluons en proposant que cette capacité de guerre à la guerre, fédérée par l’« équivalent moral de la guerre » de William James, soit appuyée par la psychologie d’une « résistance totale (...)
Résumé : L’article de Johann Michel cherche à étudier les relations entre les acteurs impliqués dans la fabrique des politiques publiques de la mémoire en France depuis le début de la troisième République. Sur un premier niveau d’analyse (la configuration des acteurs institutionnels), l’auteur montre que le pouvoir législatif dispose de l’essentiel des compétences mémorielles jusqu’en 1958. Le rapport entre les pouvoirs s’inverse à partir de 1959 au bénéfice de l’exécutif. Il faut attendre le début des années 1990 (adoption de la loi Gayssot) pour assister à un rééquilibrage institutionnel entre les deux pouvoirs. Sur un second niveau d’analyse (rapport entre l’État et les acteurs non-étatiques), Johann Michel montre que jusqu’à la fin de la première Guerre mondiale, l’État reste le grand ordonnateur des politiques de la mémoire (phase du centralisme mémoriel), même s’il n’agit pas seul. Depuis lors, (...)
Résumé : L’analyse des principaux textes de Michel Foucault consacrés à l’esthétique picturale durant les années soixante ne prend son sens que si elle est rapportée aux questions proprement épistémologiques soulevées par l’archéologie, cette pratique méthodique de description des discours qu’il élaborait au même moment. L’usage de la peinture en tant qu’archive, d’une part, l’esquisse d’une archéologie de la peinture, d’autre part, permettent de mettre en évidence, autour de la notion de représentation, une tension entre les enseignements de l’archéologie des discours et les réflexions inspirées par la peinture. Cette discontinuité foncière du discursif au visuel touche au postulat le plus essentiel de l’histoire (archéologique) de la pensée selon Foucault : le fait que celle-ci, loin de postuler l’unité continue du temps de l’histoire, a pour tâche de décrire l’émiettement de la temporalité (...)
Un certain nombre de nos institutions sont aujourd’hui « réformées, chamboulées, mises à mal ». Certains nous disent que c’est pour leur plus grand bien et pour une plus grande efficacité ; d’autres nous disent qu’il s’agit d’étendre l’espace du marché et de la marchandisation ; d’autres y voient la traduction du fait que nous sommes de moins en moins riches dans l’ouest européen, et qu’il va nous falloir en rabattre de nos habitudes luxueuses. Je voudrais ainsi avancer que dans ces évolutions est mise à mal une disposition individuelle essentielle à la vie relationnelle et à la légitimité des services publics. Pour reprendre cette expression de la philosophe Judith Butler, je dirai que ce qui est menacé c’est la capacité à « rendre compte de soi » que l’on peut effectivement exiger de chacun et tout particulièrement et spécifiquement, des « fonctionnaires » dans leur relation au public. Qu’est-ce à dire (...)
Résumé : Le féminin joue dans l’œuvre de Lévinas un rôle crucial, puisque, rencontré d’abord dans la relation érotique, il brise le cercle du même et l’ouvre à la dimension salutaire de la transcendance. Cependant, si certain-es ont estimé que par là Lévinas rompait avec le phallogocentrisme, dans une veine beauvoirienne Stella Sandford montre à quel point il demeure masculiniste. Sans témoigner d’aucune distance critique, Lévinas associe le féminin à l’ambiguïté de l’éros, à la différence sexuelle et le pose comme l’autre à la fois « inviolable » et quasi animal, irresponsable ou enfantin d’un sujet qui ne se pense jamais qu’au masculin. La critique de Beauvoir était donc pertinente et le Derrida de « Violence et métaphysique » aurait mieux fait de se demander quel homme tenait la plume de Lévinas lorsqu’il écrivait, plutôt que se réjouir de ce qu’il écrivît en tant qu’homme.
Mots-clés : Lévinas (...)
Résumé : Le totalitarisme nous interroge, parce qu’il met en question la croyance au progrès qui a animé toute la modernité. Mais l’a-t-on pensé avec justesse quand on l’a compris comme la résurgence, bientôt dépassée, de la barbarie dans le processus de civilisation ? Ne doit-on pas au contraire y voir « le règne de l’inhumain », qui remet en cause de manière radicale nos catégories morales et politiques, parce qu’il rend concevable que l’histoire puisse ne pas être orientée vers le triomphe du droit, de la démocratie et de la liberté et que l’inégalité, l’abandon du droit et la servitude volontaire soient des possibilités inscrites dans notre modernité ?
Mots-clés : Totalitarisme – Camps de concentration – La Loi – Mal absolu – Arendt – Orwell
Abstract : Totalitarianism questions us because it challenges the belief in progress that has driven modernity. Do we conceive of it with relevance when we (...)
Résumé : On trouve une contradiction essentielle de notre temps qui, d’un côté nie la pensée magique, les croyances religieuses et veut se débarrasser des mythes, et d’un autre côté ne fait que s’en reconstituer de nouveaux comme le fait Yves Bonnefoy avec Rimbaud ou, jadis, Sartre avec le communisme. Mais nos nouvelles croyances, aussi implicites et cachées qu’elles puissent être, nous coûtent très cher puisqu’elles nous assujettissent, que nous le voulions ou non, à de nouveaux préceptes et à de nouvelles idoles qu’il ne faut pas remettre en question. Comment est-il possible d’être raisonnable dans un tel tissus de contradictions ? On comprend finalement la position cynique de Michel Foucault : au moins sait-on de quoi il retourne, le raisonnable est réduit à sa position la plus simple et apparemment la plus évidente. « Le mieux est l’ennemi du bien » comme le disait également Ivan (...)
Abstract : In the fast changing world of the early 21st century public education is also changing. As part of the changes the role of schools and education will also be different both in the educational system and in the society. Together with them the role of teachers will also change. In my essay I am examining how the new social challenges and demands towards education and teachers change schools into institutions with modern aims and social contracts. We are going to depict the characteristic features of ’ideal’ teachers by exploring recent literature and the results of a survey. In the survey teachers reveal their professional aims and needs for the future. Finally, we are going to explore teachers’ knowledge base in the 21st century.
Keywords : education – role of school – role of teacher – society – features of teacher
Résumé : A XXI. század elejének változó világában a közoktatás is folyamatosan változik. A változások részeként (...)
Résumé : Le travail porte sur deux approches scientifiques du langage utilisées sous perspective didactique pour aider les étudiants du français dans la communication spécialisée à découvrir comment traiter le langage et essayer d’entrer, après tout, dans la dimension sémantique qui représente l’objectif principal de l’analyse du discours. D’un côté, l’École américaine aide à décrire la syntaxe. De l’autre côté, l’École française à comprendre la structure du discours. Nous essayons de montrer que les idées de Chomsky ne sont pas en contradiction avec celles de Culioli, mais que les deux sont complémentaires. De la même manière, chaque citoyen européen d’aujourd’hui devrait être capable de proposer une synthèse de deux idées qu’il confronterait. La citoyenneté européenne se montre donc précieuse.
Mots-clés : langage – perspective didactique – analyse du discours – l’École américaine – (...)
Abstract : In the field of kindergarten education there are two predominant, seemingly conflicting views of preschool literacy : reading readiness skills and emergent literacy. In the last decade of the 20th century kindergarten teaching practices moved towards the concept of ’emergent literacy’ mainly in the United States but also in many countries of Europe. Our aim is to offer a brief survey of preschool and kindergarten curriculum reforms over the past ten years. In the new curricula it is highlited that children should be provided with opportunities to meet written language system. However, besides applying the basic principles of emergent literacy many countries have preserved benefits from the traditional approach.
Keywords : education – preschool literacy – emergent literacy – kindergarten – language system
Résumé : Az óvodai nevelés területén két domináns, látszólag egymásnak ellentmondó megközelítés figyelhető meg az iskoláskort (...)
Résumé : Dans le contexte européen actuel, la compétence interculturelle devient l’une des priorités dans le domaine de l’enseignement des langues. Cet article essaie d’analyser et de résumer l’importance et l’efficacité de cette compétence quand on travaille sur un texte littéraire. Malgré l’importance accordée à la littérature et au texte littéraire dans les manuels de langue française, les dispositifs méthodologiques et les guides pédagogiques destinés aux enseignants n’accordent qu’une attention négligeable à la compétence interculturelle dans l’analyse des extraits de la poésie ou du roman français.
Mots-clés : compétence interculturelle – langue française – culture – littérature – identité – enseignement – roman français
Abstract : In the actual European context, the intercultural competence is becoming one of the priorities in language teaching. The paper tries to analyse and sum (...)
Résumé : Le procès de compréhension et de création du texte est accompagné d’un certain nombre d’opérations complexes, liées et quasi-simultanées. Celles-ci comprennent des opérations « non linguales » liées à la référence et à la continuité logico-argumentative et énonciative. La façon dont le locuteur arrive à utiliser ses propres ressources cognitives et sa mémoire est une conséquence de ces opération.
Mots-clés : compréhension du texte – création du texte – opérations « non linguales » – ressources cognitives
Abstract : Text comprehension and creation process is accompanied by a certain number of quasi simultaneous complex and interconnected operations. These comprise „non-lingual“operations related to reference, logico-argumentative and enunciative continuity. Consequential is the way the communicant manages to make use of his/her own cognitive resources and the memory.
Keywords : text comprehension – creation process (...)
Résumé : Après un bref aperçu de ce que peut signifier « enseigner l’Europe » aujourd’hui en termes de savoir, savoir-faire et attitudes, le travail montre comment cet enseignement utilise tous les domaines disciplinaires dans leurs contenus, leurs méthodologies et leurs approches. L’exposé si situe dans le cadre du projet Istepec : « Études interculturelles dans la formation des enseignants pour promouvoir la citoyenneté européennes ».
Mots-clés : enseignement – citoyenneté européen – Union éuropéenne – éducation – méthodologie– champs disciplinaire
Abstract : After a quick survey of what it might mean to “Teach Europe” today, in terms of knowledge, skills and attitudes, this paper shows how this teaching draws upon all subject areas, in their contents, methodologies and approaches. This exposé is contextualized within the framework the Istepec project : ‘Intercultural Studies in Teacher Education to Promote (...)
Zusammenfassung : Der Beitrag beschäftigt sich mit der Rolle des literarischen Textes in der interkulturellen Fremdsprachendidaktik. Dabei wird auf die Einsatzmöglichkeiten des Märchens mit seinen regionalen Varianten in Deutsch als Fremdsprache eingegangen.
Stichworte : literarischen Textes – interkulturell – didaktik – Märchen
Abstract : The article deals with the role of literary texts in intercultural foreign language didactics. It focuses on methods of how fairy tales and their regional varieties can be taught in German as a foreign language.
Keywords : literary text – intercultural – didactics – tales
Résumé : Pour élargir les possibilités d’étudier le slovaque en temps que langue étrangère dans les pays francophones, la Faculté des Sciences humaines de l’Université Matej Bel de Banská Bystrica participe au projet ALPCU (Apprendre les Langues nationales des Pays d’Europe centrale et orientale des candidats à l’entrée dans l’Union européenne) du programme Socrates-Lingua 2, coordonné par l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales à Paris. Dans le cadre d’un projet triennal fondé sur une coopération internationale, des dispositifs d’enseignement multimédia ont été mis en place pour les trois langues suivantes : le bulgare, le slovaque et le slovène.
Mots-clés : enseignement – langue étrangère – Union éuropéenne – INALCO – langues slaves – projet de coopération
Abstract : With the aim of enlarging the possibilities of studying Slovak as a foreign language in the French-speaking (...)
Zusammenfassung : Die European Values Study, ein langjähriges Forschungsprojekt in Bezug auf menschliche Werte und Normen resultierte in einem Atlas, der von der Universität Tilburg herausgegeben wurde. Zusammen mit der Fachhochschule in Tilburg werden die Ergebnisse des Forschungsprojekt in einem Pilotprojekt didaktisiert und einer breiten Öffentlichkeit zur Verfügung gestellt : www.atlasofeuropeanvalues.eu
Abstract : The European Values Study is a longitudinal research project about human values and resulted in an atlas published by the University of Tilburg. Fontys University of Applied Sciences Tilburg is responsible to make the scientific data accessible for educational use and develop teaching materials for secondary schools and higher education. At the moment European and world maps as well as assignments are available in four languages : Slovak, English, German and Dutch. See also www.atlasofeuropeanvalues.eu
Keywords : human values – educational use – (...)
Résumé : Concernant l’éducation aux valeurs citoyennes et interculturelles européennes (sens critique, curiosité, respect, solidarité et autres), on cite souvent, parmi les valeurs à enseigner, la construction des savoir-faire communicatifs. Il s’agit notamment de permettre à l’apprenant de s’ouvrir l’accès à une pluralité des codes souvent contradictoires et de s’entraîner à leur lecture. L’éducation aux savoir-faire communicatifs doit cependant, dans ce sens, tenir compte des voies parallèles ou les savoir-faire communicatifs se forment chaque jour, spontanément et de façon particulière. Le travail montre quelques spécificités de la communication médiatisée par ordinateur, outil qui donne visage à la communication d’aujourd’hui, crée des habitudes communicatives relativement fortes et laissent une empreinte sur le comportement linguistique général des sujets parlants.
Mots-clés : communication – pluralité des codes (...)
Résumé : Cet article entre dans la catégorie liée à la formation initiale des futurs enseignants dans le monde contemporain. Quelle Europe ? Comment enseigner une matière en constante évolution ? Quelles sont les fins d’une telle éducation ?
Mots-clés : enseignement – Europe – Union européenne – enseignant de géographie – méthodes
Abstract : The communication fits into the category relative to the formation training of the teachers in the current world. What Europe ? How to teach a subject in constant evolution ? What are the ends of such an education ?
Keywords : education – Europe – European Union – geography teacher – methods
Résumé : Le message publicitaire naît d’un procédé technique complexe et raisonné dans le but d’exercer une influence sur le consommateur. Mais, à la différence du message conçu pour faire de la réclame, le message publicitaire d’intérêt public relève d’une double nature, conative et rhétorique bien sûr, mais aussi artistique et culturelle. La démarche d’un texte pour éduquer au progrès est à raison celle d’un message illocutoire, parce qu’il s’agit d’un acte de langage influant sur les rapports entre émetteur et récepteur, mais elle est aussi destinée à prolonger ses effets dans le temps, créer des suggestions et inviter le destinataire à la réflexion. Or, puisque ce genre de pub véhicule des thématiques et des problèmes communs en Europe, elle peut devenir un instrument didactique unitaire précieux pour conduire les étudiants vers la prise de conscience que toute société civile en Europe a besoin de se donner des conduites (...)
Résumé : L’article porte sur l’importance de la connaissance que les étudiants ont de leur culture slovaque au cours de l’apprentissage de la langue française. Alors que la Slovaquie s’affirme sur le plan international comme pays membre de l’Union européenne, la communication interculturelle devient une nécessité. Cette situation inédite constitue un défi important que les écoles slovaques doivent relever : apprendre aux nouvelles générations à vivre dans un monde « sans frontières », les faire réfléchir sur leur identité culturelle pour parvenir à comprendre l’Autre dans sa différence. Le cours d’enseignement décrit dans cet article propose aux futurs enseignants de la langue française une orientation.
Mots-clés : culture nationale – apprentissage de la langue française – Union européenne – identité culturelle
Abstract : The present article talks of the importance of the the national culture of the students during the (...)
Abstract : Conference of Michel Rocard, Collège International de philosophie, Paris, 01/2006. The original french version is available in Les Cahiers Sens Public, "L’Internet entre savoirs, espaces publics et monopoles", n°7/8, octobre 2008. Résumé : Conférence de Michel Rocard au Collège International de philosophie, janvier 2006. La version originale est publiée dans le numéro 7/8 d’octobre 2008 des Cahiers Sens Public, "L’Internet entre savoirs, espaces publics et monopoles".
Le partage des connaissances, au-delà des frontières nationales, constitue un processus fondamental dans l’élaboration du savoir. La mobilité des étudiants et des chercheurs est garante de cette logique intellectuelle basée sur la découverte de l’autre. La coopération scientifique à un niveau international doit dès lors transcender les clivages et les crises politiques afin de répondre à cette nécessité d’échange culturel et scientifique.
Nous nous réjouissons qu’actuellement près de 2000 étudiants iraniens aient choisi la France pour poursuivre leurs études et leurs recherches dans tous les domaines, y compris en sciences sociales. Trop rares sont au contraire les étudiants et universitaires français ou non iraniens qui s’intéressent à l’Iran du passé et du présent ; le risque est de voir le pays pâtir d’une méconnaissance qui est source d’incompréhensions néfastes et de propos simplificateurs. (...)
Abstract : What does the status of the occult in contemporary African politics have to tell us about the processes of subjectivation and sovereignty described in Foucault’s genealogy of Western biopolitics ? Ideas about the invisible that have become strikingly popular in African societies undergoing rapid economic transformation may allow African philosophers and anthropologists to situate European forms of subjectivation, sovereignty, knowledge, and visibility with respect to their own “invisible” or occult dimension. My goal is arrive at a better understanding of what philosophers, Northern or Southern, mean by political imagination and to explain how power involves the capture of an individual’s or community’s imagination as well as their visible, tangible bodies.
Résumé : La place occupée par l’occulte dans la politique africaine contemporaine peut-elle nous apprendre quelque chose sur les processus de subjectivation et de souveraineté (...)
Résumé : La grève des universitaires a rendu visible le décalage entre le projet gouvernemental - former une "autonomie" par la montée en puissance de Conseils qui dépendent fortement d’injonctions administratives – et des enseignants-chercheurs au statut dévalorisé. Jean-Louis Déotte, professeur de philosophie à l’Université de Paris-8 et coordinateur de programme à la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord, expose les données centrales du débat actuel : comment intensifier les relations, les réseaux, les collectifs, et l’habitude du travail par projet ?
Abstract : The French university strike clearly exposed the gap which exists between the official project (to implement a new "autonomy" through the empowerment of Councils presumably submitted to the administration rather than to scientific criterias) and the professors, whose positions & status have been deeply weakened over the years. Jean-Louis Déotte, philosopher (aesthetics, Paris-8 (...)
Abstract : In this article we would like to focus on the position of women in the Christian teachers union in Belgium in the years 1950-1965. In spite of their numerical dominance in the teaching occupation and in the union, women teachers never exercised real structural power in teacher unionism during this period. Yet, the union was alive to the fact that women teachers formed an important segment of their members. The marriage bar f.e. became a central issue in the debate concerning the legal statute of the catholic teachers in the years 1961-1963. Based on primary sources, interviews, national and international literature, we will focus on the apparent lack of female militantism by situating it in its social and historical context and by analysing the prevailing ideology concerning labour and the family.
Résumé : ("Un activisme différent. Les prises de position des institutrices catholiques au sein de leur syndicat. Belgique, 1950-1965") Dans cet article nous voudrions nous (...)
Résumé : Le militantisme peut-il se conjuguer au pluriel ? La vie d’Emilienne Brunfaut suscite d’emblée cette question car elle se décline sur trois registres : syndicalisme, féminisme, pacifisme. S’y ajoute encore en toile de fond son engagement politique, oscillant entre socialisme et communisme. Faut-il interpréter ces engagements multiples en terme de stratégie, révélant une hiérarchie parmi les causes, voire une instrumentalisation d’une cause au profit d’une autre ? Le féminisme sert ici de pierre de touche à l’analyse : Emilienne Brunfaut tente-t-elle de sensibiliser le monde syndical de gauche au féminisme ou au contraire utilise-t-elle les associations féministes au profit de son combat syndical ? Son parcours est en effet singulier car, à la différence de la France, les féministes belges n’ont eu pratiquement aucun lien avec les syndicats, dont elles critiquent le peu d’intérêt pour les femmes et qu’elles accusent (...)
Résumé : Cet article se penche sur les représentations de manifestations de violence politique commises par des femmes en France au cours de la décennie 80, à travers le cas du groupe Action directe (1979-1987). Dans une perspective d’analyse du discours médiatique, il s’agit d’interroger la réception de l’engagement politique violent des femmes, en soulignant les résistances à l’œuvre, à travers un double processus de relativisation et de stigmatisation. Interrogé sous l’angle du genre, cet engagement dans la lutte armée s’inscrit à l’encontre des stéréotypes sexués et contribue à la mise en lumière des dynamiques de régulation mobilisées pour répondre à la crainte du désordre et de l’anormalité.
Abstract : This article analyzes the demonstrations of political violence committed by women in France during the 80s, through the case of the group Action direct (1979-1987 ). In a perspective of analysis of the media speech, (...)
Résumé : En 1976, lors de son 37e congrès, la CFDT s’engage à réunir les conditions nécessaires pour une insertion réelle des travailleuses dans toutes ses instances de décision. S’élabore alors, non sans résistances, une politique de promotion de parité qui n’est pas sans lien avec la politique de recentrage en cours dans la CFDT. En effet, la question de la mixité s’inscrit au cœur de la réflexion engagée depuis 1977 sur l’adaptation du syndicalisme cédétiste. Celle-ci aboutit en 1982 au congrès de Metz où la CFDT, constatant l’échec des mesures d’incitation, vote une résolution imposant la mixité des structures de l’organisation. Avec ce congrès, la CFDT devient alors la première organisation syndicale à opter pour des mesures volontaristes par l’instauration de quotas. Toutefois, si l’élaboration de la mixité des structures de la CFDT participe d’une stratégie syndicale pour les femmes, le débat (...)
Résumé : A partir de 1945, des femmes au foyer, militantes d’associations catholiques-sociales, s’estiment partie prenante du syndicalisme, par le soutien apporté aux luttes des époux, et par celles menées sur les quartiers. Elles sont mobilisées comme épouses et mères. Or, ce militantisme complémentaire modifie leur rapport au monde, entraînant notamment la création du groupe “femmes chefs de famille” (vers 1965) : elles y revendiquent un droit au travail pour, non pas encore LES femmes, mais DES femmes vivant des situations particulières ; elles s’investissent pour une formation générale et professionnelle féminine, la garde des enfants, leurs analyses sur la place des femmes dans la famille et la société se modifient, provoquant chez les plus jeunes une pratique “aller au travail”. Cela vide nombre de groupes locaux de leurs forces vives, les militantes étant absorbées par leur activité salariée et leur engagement syndical. Engagement (...)
Résumé : En mai-juin 1968 le projet de mise en place d’un syndicat de mères au foyer à Brest nous invite à nous interroger sur la frontière entre actifs et inactifs à la lueur du genre. De la difficulté des actrices à se construire une identité professionnelle en résonance avec le mouvement social animé par leurs maris aux résistances des organisations syndicales à reconnaître des femmes au foyer comme « travailleuses à part entière » c’est toute la problématique du statut social de mère et d’épouse qui se déploie dans le temps long comme dans le temps court de l’événement.
Mots-clés : Genre – Syndicalisme – CFDT – Bretagne – Femmes au foyer
Abstract : In May-June, 1968 the project of implementation of mothers’ syndicate in Brest invites us to wonder about the border between active and inactive in the light of the gender. The difficulty of the actresses to build itself a professional identity there resonance with the social (...)
Résumé : Rupture pour les milieux de gauche, la Libération ne dément pas le silence des militantes dans les sources, l’approche monographique et prosopographique dévoilant la singularité du profil des engagements féminins dans les Côtes-du-Nord. La Résistance impulse des militances spécifiques, la visibilité nouvelle des femmes reposant sur des matrices de politisation qui remontent au Front Populaire. Le flot d’adhésion durant la décennie qui suit la Libération ne débouche pas sur une percée des militantes, sous-représentées dans les espaces partisans et syndicaux dans les années 60. En dépit de laboratoires de nouvelles pratiques et mobilisations militantes au féminin au sein de l’UFF ou des réseaux chrétiens progressistes, les archives entérinent l’absence d’un milieu militant autonome, homogène et/ou spécifique, fondé sur le genre. Mais, la sélection de militantes induit la coexistence de filières plurielles entre 1945 et 1968, dont une part (...)
Résumé : Dès le mouvement de grèves de 1947, le PCF a manifesté une réelle volonté d’encadrer les femmes ou mères de grévistes afin qu’elles les soutiennent pendant toute la durée du mouvement. Dans cette perspective, la direction du parti communiste a fait appel à son organisation féminine de masse : l’Union des Femmes Françaises. Toutefois, les dirigeants communistes ont hésité sur les formes de mobilisation à promouvoir et sur la visibilité à accorder à son organisation féminine. Deux types d’action ont été mis en place. Le premier consistait à organiser des actions de solidarité en direction des familles de grévistes et le second, à partir de 1953, avait pour ambition de rassembler les femmes dans des regroupements catégoriels : comité de femmes de mineurs, de femmes de cheminots, etc. L’étude de ces actions démontre que sur le terrain régnait en fait une certaine confusion notamment sur le rôle des différentes organisations (UFF, PCF ou CGT). (...)
Résumé : En Belgique, la concertation sociale comme mode de régulation des tensions sociales est, après 1945, institutionnalisée. Le mouvement syndical belge y occupe une position clé. Quel relais est-il pour les revendications des travailleuses ? Les années soixante connaissent à la fois une embellie économique et la mise en œuvre de l’Union économique européenne. A partir de 1973 commencent les années de récession et de fermetures d’entreprises surtout manufacturières, tandis qu’en 1980, la crise s’installe durablement. Répondant à ces trois temps, des Golden sixties aux années 80, trois conflits vont nous servir de modèle pour tenter d’expliquer les luttes menées par les travailleuses dans, avec ou contre le syndicat. Il s’agit de la grève des ouvrières de la Fabrique nationale d’armes de guerre à Herstal, en 1966, de l’expérience autogestionnaire Le Balai Libéré, en 1975 à Ottignies Louvain-La-Neuve et le conflit des 13 (...)
Résumé : Cet article tiré d’une enquête menée à l’issue des élections municipales de 2001 interroge les effets du genre dans le militantisme municipal des nouvelles élues. Il met au jour l’importance du genre dans la façon dont les élus articulent les différentes temporalités – professionnelle, familiale, politique. Il examine ainsi l’idée selon laquelle la « disponibilité » est élément fondamental dans le cumul de ressources politiques pour les femmes qui cumulent ces différentes activités. Cependant, le genre n’est pas la seule variable qui entre en jeu pour expliquer la façon dont les élues se situent dans l’arène politique municipale : le fait d’être novice ou expérimentée joue un rôle tout aussi déterminant.
Mots-clès : Femme – Militantisme – Parité – Genre – Temps sociaux
Abstract : This article is based on a fieldwork that took place few month after the local elections of March 2001. It sheds light (...)
Résumé : Les militantes dans les organisations syndicales sont loin d’évoluer dans des milieux neutres sur le plan des rapports sociaux de sexe. Elles sont d’une part en situation de minorité, d’autre part les syndicats sont encore largement imprégnés d’une culture masculine. Face à cela, les militantes ne restent pas passives. En tension entre contraintes et changements, elles développent un certain nombre de pratiques et de stratégies alternatives pour faire vivre l’égalité.
Mots-clés : Femmes – Militantes – Hommes – Syndicalisme – Rapports sociaux de sexe – Égalité – Domination – Changements
Abstract : Female union activists are far from operating within a gender neutral environment. On the one hand, they are in minority. On the other, male culture is still largely rooted in trade unions. Nevertheless, female union activists do not remain passive against all this. Torn between constraints and changes, (...)
Résumé : Depuis plusieurs années le mot « virtuel » est utilisé pour caractériser des pratiques quotidiennes liées à l’emploi des nouvelles technologies et en particulier d’internet. Mais qu’est-ce qui est virtuel en internet ? Pour répondre à cette question il faut d’abord remonter aux racines philosophiques de ce mot et essayer d’éclaircir sa signification. C’est la tentative proposée dans cette article.
Abstract : Since many years the word “virtual” is employed to define some common practices related to new technologies, and particularly internet. But, what is “virtual” in internet ? This paper aims to answer this question by analyzing the philosophical origins of this word and clarifying its (...)
"La propriété littéraire est d’utilité générale. Toutes les vieilles législations monarchiques ont nié et nient encore la propriété littéraire. Dans quel but ? Dans un but d’asservissement. L’écrivain propriétaire, c’est l’écrivain libre. Lui ôter la propriété, c’est lui ôter l’indépendance. On l’espère du moins. De là ce sophisme singulier, qui serait puéril s’il n’était perfide : la pensée appartient à tous, donc elle ne peut être propriété, donc la propriété littéraire n’existe pas. Confusion étrange, d’abord, de la faculté de penser, qui est générale, avec la pensée, qui est individuelle ; la pensée, c’est le moi ; ensuite, confusion de la pensée, chose abstraite, avec le livre, chose matérielle. La pensée de l’écrivain, en tant que pensée, échappe à toute main qui voudrait la saisir ; elle s’envole d’âme en âme ; elle a ce don et cette force, — virum volitare per ora — (...)
Résumé : Cet article vise à penser ensemble la laïcité comme principe social (juridique et politique), comme principe historique (inscrit dans l’histoire certes mais surtout faisant histoire ou contribuant à « faire époque »), comme principe psychique (ferment de souveraineté utilisable par l’individu face aux institutions cléricales), enfin comme principe de liberté (comprise comme négativité). Essayant l’hypothèse d’une structure psycho-politique dialectique, l’article tente de régler le problème de l’apparente ambivalence de la laïcité, oscillant entre tolérance et anti-religion. Il examine donc la laïcité en tant que principe de rupture des rapports religieux de domination ; la nature démocratique de la laïcité ; son fonctionnement comme obligation intérieure de liberté, c’est-à-dire comme exigence d’un pouvoir sur soi-même ; enfin, les conditions de possibilité métaphysiques de la laïcité : que doit être le sujet humain pour que (...)
Résumé : "La moitié est de l’Europe aussi a eu ses soixante-huitards, pas moins importants que ceux de l’Ouest, les uns et les autres se sont d’ailleurs mutuellement inspirés. Les soixante-huitards d’Europe de l’Est ont été les éléments moteurs de la dissidence alors que nous, cinquante-sixards plus âgés n’y étions entrés qu’avec une certaine circonspection, parce que nous savions mieux qu’eux ce qu’était la défaite." L’écrivain György Konrád porte ici un regard ironique sur les soixante-huitards depuis la perspective de sa participation à la Révolution hongroise de 1956.
Abstract : "The eastern European ’68ers formed the backbone of the democratic opposition and dissidents, whereas we, the somewhat older ’56ers, only joined in with certain reservations, because we had a closer acquaintance with defeat." The writer György Konrád takes an ironic look at the ’68ers from the perspective of a participant in (...)
Michèle Le Doeuff, philosophe (auteure notamment du Sexe du savoir, Paris, Aubier, 1998, réédition : mars 2000 chez Champs Flammarion ; L’étude et le rouet. Des femmes, de la philosophie, etc., in, Paris : Éd. du Seuil, 1989, 2008) témoigne dans ce texte des années 68 qu’elle vécut, alors qu’elle était professeure de philosophie en lycée, entre Bretagne natale et Quartier Latin, en particulier comme actrice dans le mouvement féministe naissant.
Geneviève Fraisse, philosophe, témoigne dans ce récit de son expérience vécue en 68 autour du mouvement féministe et des études sur les femmes. « Sortir des coulisses parce que mai 68 ; avoir 20ans en 68 est la chance d’une génération, rédiger une maîtrise sur l’École de Francfort et la place des femmes dans la dialectique de l’Aufklärung, lire pour l’agrégation, avec une certaine stupeur, le rejet de Spinoza, hors de la raison, du délirant, de la bavarde et de l’enfant ; donc des femmes. »
Résumé : Il s’agit ici de montrer comment Mai 68 a fait intervenir la relation entre trois grammaires : la grammaire démocratique de la modernité, la grammaire « socialiste de lutte de classe » et la grammaire de l’individualité. Comment ces trois grammaires se sont-elles manifestées et articulées entre elles durant ces quarante dernières années dans les mouvements contestataires ? Cette étude s’intéresse plus particulièrement aux années 70 et au renouveau contestataire qui a lieu depuis les années 90.
Mots-Clés : Mouvements sociaux – Démocratie – Socialisme – Individualisme – Modernité – Postmodernité – Histoire intellectuelle – Renouveau contestataire.
Abstract : This article aims at analysing the spirit of May 1968 through three different grammars and the way they interlink. These are the democratic grammar of modernity, the socialist grammar and the grammar of individuality. The analysis shall put a special (...)
Résumé : L’article revient sur les interprétations de la portée des événements de Mai 1968. Deux écoles principales s’affrontent, celle qui dénonce le laxisme et le fait que ces événements aient abouti à la généralisation de la société de consommation et de l’individualisme et celle qui voit au contraire l’aspiration à une forme d’autonomie et à un nouveau projet de société. Il s’agit de comprendre la genèse de ce conflit d’interprétations et la manière dont il a dessiné les traits d’une nouvelle conscience intellectuelle.
Mots-clés : conflit d´interprétations – Mai 68 – société de consommation – individualisme – autonomie sociale
Résumé : The article deals with the interpretations of the meaning of May 1968 events in France. Two main trends can be distinguished, the one which sees the events of May 68 as a step towards the generalization of the consumer society and the other one which refers to the ideas of (...)
Résumé : Jakob Robert Schmid a publié Le maître camarade et la pédagogie libertaire en 1936, les éditions François Maspéro l’ont réédité en 1971. Cette réédition, en elle-même utile, n’engendre-t-elle pas de méconnaissance ? La présentation de l’ouvrage faite par Maurice Fraenkel après 68 en infléchit en effet le sens, en laissant entendre que la pédagogie libertaire peut se ressourcer au moyen de ce livre, alors que l’examen attentif de son contenu montre qu’il est critique vis-à-vis du projet de rendre les enfants autonomes. Au-delà du sujet traité, il s’agit donc de mettre en évidence un procédé de relecture de l’histoire au profit d’une attitude militante.
Mots-clés : Éducation nouvelle – pédagogie libertaire – histoire de l’éducation – enfant – (...)
Partant de son expérience vécue, le philosophe Jean-Luc Nancy livre dans cet entretien son témoignage et ses réflexions sur l’étonnant phénomène de 68, dans le prolongement de son livre paru chez Galilée en 2008, Vérité de la démocratie. « 68 a été métaphysique ou spirituel bien plus que social, politique, culturel ou comme on voudra. Certes, il a été tout cela aussi : mais le fond de l’affaire, l’incandescence propre à ce moment, c’était cette mutation, la mise en suspens d’une visée du sens qui ne définissait rien de moins que la civilisation occidentale. »
Dans l’œuvre de Frantz Fanon s’opère progressivement un passage, sinon une substitution, de la thématisation de la pathologie du colonisé en termes d’aliénation à sa thématisation en termes de dépersonnalisation. Il n’est pas question ici d’analyser les modalités de ce passage ni même de dresser le tableau pathologique d’une telle dépersonnalisation ; nous désirons uniquement rendre compte de l’un de ses aspects, à savoir l’expérience ou la sensation subjective d’une mort dans la vie afin d’élucider sa liaison avec une situation objective, la situation coloniale et sa contestation en tant qu’elles relèvent peut-être d’une biopolitique en un sens qui reste à définir. Il ne sera néanmoins pas inutile de débuter avec quelques considérations d’ordre général sur la notion de dépersonnalisation en (...)
Résumé : Le courant évolutif des relations sociales entre les sexes dans les dernières décennies du 20e siècle a donné lieu à une remise en question fondamentale de la philosophie. Tandis que Jacques Derrida entreprenait de déconstruire une puissante assise phallocentrique structurelle de la tradition philosophique (cf. Jacques Derrida, la déconstruction du phallogocentrisme du duel au duo, Sens Public), Michèle Le Doeuff décelait en elle un particularisme sexiste hostile aux femmes en général, étrangement exempté de rigueur théorique tout en n’hésitant pas à reléguer « la » femme dans un imaginaire métaphorique. Nul n’entre ici s’il n’est homme, quand bien même une femme serait géomètre... Voilà qui a pu et peut encore faire mal, voici qui continue aujourd’hui de poser question en philosophie.
Mots-clés : Philosophie ; Égalité des sexes ; Sexisme ; Mixité ; Genres ; Différence sexuelle ; Kierkegaard ; Comte ; Condorcet ; (...)
Ce texte fut prononcé par Michel Deguy à l’Hôtel de Ville de Paris, lors de la soirée d’inauguration du Congrès Eurozine ’Crosswords X Mots-croisés’ qui s’est tenu entre le 26 et le 29 septembre 2008 à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. En présence de Ruth Wodak, Clarisse Herrenschmidt, Barbara Cassin, Gérard Wormser, Geert Lovink, Daho Djerbal, Edouard Glissant... le thème développé, discuté et débattu lors du congrès qui réunissait environ 80 éditeurs venus de toute l’Europe était le multilinguisme et le travail en réseau.
Nous n’avons pu malheureusement publier le texte d’inauguration en son entier dans la version papier du journal du Congrès Crosswords. Nous le publions ici (...)
Comment la mémoire est-elle devenue objet de connaissance ? De la psychiatrie aux neurosciences cognitives, quelles ont été les stratégies expérimentales et cliniques visant à établir les bases de la mémoire ? Quelles conditions matérielles et conceptuelles exigeaient-elles ? Quel fondement épistémologique et quelle "philosophie de l’esprit" postulaient-elles ? Il s’agit de partir de quelques données de la clinique des amnésies et de l’expérimentation neurobiologique sur la mémoire, replacées dans leur contexte historique et philosophique, pour réfléchir sur la nature des procédés et concepts mobilisés, et aussi sur ce qu’ils nous apprennent vraiment et ce qu’ils n’apprennent pas encore.
Le concept de sacralité de la vie a longtemps joué un rôle architectonique en biomédecine. Devant les difficultés et les apories qu’il entraîne, on a tendance à recourir de plus en plus au concept de "dignité", censée fonder la protection due aux êtres humains, tout en étant d’application moins rigide que le premier. On se propose donc ici d’interroger la notion de dignité. Ordinairement interprétée de façon kantienne, elle renvoie, par sa généalogie, à une institution religieuse de la réalité. On se demandera, dans ces conditions, si les critiques qui s’attachaient au concept de sacralité de la vie ne s’attachent pas également à celui de dignité de l’homme.
A l’initiative de Eurozine et de Sens Public, le Congrès crossXwords explorera les thèmes du multilinguisme en Europe en relation avec le journalisme critique, sur fond des transformations des médias et de la consolidation des structures en réseaux. Le Congrès rassemblera une centaine de revues et magazines, auteurs, éditeurs et intellectuels de toute l’Europe.
Cette intervention a pour objet l’analyse des modèles de la pensée proposés par les chercheurs en sciences cognitives. Ces derniers expliquent qu’ils aspirent à regrouper diverses disciplines pour analyser les processus impliqués dans la formation et l’exploitation de la connaissance. Ils sont intéressés par l’étude du fonctionnement de l’esprit et cherchent à décrire, expliquer, simuler les fonctions cognitives telles que le langage, le raisonnement, la perception, la compréhension, la mémoire ou l’apprentissage. Ce type d’intérêt les conduit à proposer des théories de l’esprit qui ne sont pas sans conséquence puisque, en un sens, elles tentent de définir ce qui spécifie un être humain. L’interdisciplinarité prônée par les chercheurs en sciences cognitives est souvent mise à rude épreuve car, en fonction de leur discipline d’origine, ils produisent des discours différents et correspondant à des conceptions concurrentes. (...)
L’habit peut soit faire, soit défaire, le moine (he can be either frocked or defrocked). De quoi dépend l’apparence ? Dans quelle mesure peut-il y avoir (et doit-il y avoir) un rapport entre l’apparence et l’identité ? Enlever l’habit du moine est-ce l’équivalent d’enlever un piano à un pianiste ? Si le piano reste silencieux, est-ce que le pianiste existe toujours ? Ces questions suggèrent qu’il existe des rapports extrêmement importants et complexes entre l’apparence et l’identité. Je m’appuie ici sur mes travaux sur la honte et les fantasmes de disparition. Si nous nous trouvons tous pris dans des conflits entre le désir d’être reconnu et la peur ou l’angoisse d’être vu (et mal vu), il n’existe pas, face à ces conflits, de défense qui ne passe pas par l’apparence. Il semblerait donc que l’apparence se trouve munie des fonctions médiatrices entre les perceptions du monde (...)
Le propos de cet article est d’examiner les conditions d’une mise en commun des idées du psychiatre clinicien sur la genèse de la maladie mentale et de celles du chercheur en neurosciences sur le rôle du cerveau dans le déterminisme du comportement et de l’activité mentale. Une telle entreprise n’est ni nouvelle, si l’on considère les nombreuses tentatives de rapprochement, anciennes ou récentes, entre les deux domaines, ni facile, si l’on considère les obstacles à un voisinage trop proche entre neurosciences et psychiatrie.
Une telle question est liée à celle de l’anthropomorphisme dans la connaissance animale. Beaucoup d’auteurs, selon des horizons différents, voulurent dire à la fois la nécessité et les limites de ce concept dans cette connaissance (Merleau-Ponty chez les philosophes, F. de Waal chez les éthologues...). D’autres souhaitèrent récuser très fortement tout anthropomorphisme dans la connaissance animale (c’est le cas en particulier chez Heidegger, mais pas seulement). Nous aimerions reprendre cette question en prenant pour appui et pour point de départ un certain nombre de déclarations ou propos touchant les animaux, selon le fil de ce qui peut sembler admissible ou inadmissible en eux, provoquant ou scandaleux, plaisant encore ; selon enfin le fil de ce qu’ils suggèrent de nos rapports au monde animal et aux animaux. Cette approche par les discours effectivement tenus ici ou là, nous est apparue un bon fil pour relier ensemble la diversité des perspectives (...)
Le cancer confronte l’enfant à des traitements éprouvants, qui peuvent lui faire toucher les limites du supportable, mais aussi sa mort probable. Ces situations produisent chez l’enfant, chez ses parents ainsi que chez ses soignants des questions majeures dont la prise en compte leur est nécessaire pour qu’ils n’en soient pas bouleversés voire écrasés.
Le médecin doit pouvoir prendre connaissance de ce que l’on attend de sa pratique et savoir quels sont les comportements qui feront, ou non, de son activité une réalisation correcte des soins. Actuellement, se pose très fortement la question de l’évaluation des soins médicaux en Russie. La reflexion juridique et médicale russe, sur ce thème, est très vive car les textes de droit très récents. En effet, l’irruption du droit dans la médecine a fait de ce qui n’était que querelles doctrinales, une nécessité. Désormais, le corpus de règles juridiques russe, ainsi que la foisonnante doctrine, permettent de définir plus précisement ce qu’est un défaut dans les soins médicaux. Les règles d’expertise médico-légale viennent appuyer ce mouvement. Et demeure une question très discutée parmi les médecins et les juristes, ce qui n’est pas une particularité russe, celle de l’erreur (...)
Monsieur Albert Fert est le dernier Prix Nobel de Physique. C’est le douzième prix Nobel de Physique Français, après ceux reçus par les Professeurs Pierre Gilles de Gennes, Georges Charpak, et Claude Cohen-Tannoudji. Cet entretien a été réalisé par Jean-Yves Heurtebise, docteur de Philosophie, à la suite d’une journée de colloque organisée à Marseille par l’ASSOM. C’était la première fois que Fert intervenait en France pour parler de son prix Nobel. Témoignage.
La disparition de Pierre Bourdieu il y a désormais plus d’un an a donné lieu à une vaste polémique journalistico-académique. Au cœur de celle-ci se trouvait l’interrogation suivante : y aurait-il deux Bourdieu ? En effet, on essaya alors, sans trop de réussite ni de rigueur d’ailleurs, de distinguer le sociologue brillant qu’il avait été durant la majeure partie de sa vie, de ses premiers travaux sur la Kabylie à La Noblesse d’État, parue à la fin des années 1980, et l’acteur politique radical qu’il fut au cours des dix dernières années. Il y aurait d’un côté le Docteur Bourdieu sociologue, et de l’autre, le Mister militant. De par son engagement au côté des grévistes en décembre 1995, sa collaboration à la création de la collection Liber/Raisons d’agir, qui visait ouvertement à rendre plus accessibles des travaux critiques en sciences sociales, ou la rédaction de ses désormais célèbres recueils politiques intitulés (...)
Aujourd’hui, Ferdinand Tönnies, philosophe et sociologue allemand tombé dans l’oubli, suscite à nouveau notre intérêt. L’œuvre principale de Tönnies, Communauté et société, fut publiée en Allemagne en 1887. En 1944 la première traduction française du germaniste Joseph Leif fut disponible. Malgré sa réédition (Retz) en 1977 l’ouvrage est épuisé à l’heure actuelle. A la lumière de l’opposition entre la communauté et la société la réflexion actuelle sur le communautarisme trouvera une assise conceptuelle plus nette. De façon générale, pour Tönnies l’opposition de la communauté et de la société repose sur l’idée que le tissu social ne se résume pas à de simples rapports contractuels entre les individus. D’autres liens, notamment familiaux, préexistent et perdurent. Ils ont leur raison d’être et demandent à être pris en compte. Tönnies se fait ainsi théoricien de la rupture qui caractérise la société allemande à la fin du (...)
Résumé : Cette communication propose une réflexion, fondée sur la métaphore cinématographique et plus largement scénique, sur le processus de représentation politique, en prenant l’exemple de la représentation des jeunes chercheurs. Elle s’interroge sur les conditions de réussite d’une « entreprise de représentation ».
Abstract : This paper proposes a reflection about the process of political representation, based on the cinematographic and scenic metaphor. The example given regards early-stage researchers’ representation. The paper looks for the conditions of success of a ‘representation enterprise’.
Résumé : "Révolutions cinématographiques" : Trois relevés dans l’histoire du cinéma au 20e siècle nous révèlent trois révolutions cinématographiques, trois traitements de la révolution, et trois portraits de l’Homme dans la révolution. Du "Cuirassé Potemkine" à "Porco Rosso" en passant par "Il était une fois la révolution", le cinéma va de pathos à poésie, et l’Homme de l’idéal à l’Humain.
Abstract : "Cinematographic Revolutions" : Three graspings of the history of cinema in the 20th century reveal three cinematographic revolutions, three treatments of the revolution and three portraits of Man in revolution. From "The Battleship Potemkin" to "Porco Rosso" via "A fistful of dynamite", cinema goes from pathos to poetry, and Man from ideal to Humanity
Abstract : "Rivoluzione cinematografiche" : Tre rilevamenti nella storia del cinema nel novecento rivelano tre rivoluzione cinematografiche, tre trattamenti della rivoluzione e tre ritratti del’Uomo (...)
L’intention de "transformer des problèmes métaphysiques en problèmes susceptibles d’être traités scientifiquement, donc politiquement", rapproche Pierre Bourdieu de Jean-Paul Sartre. L’oeuvre de Bourdieu se situe explicitement dans une relation critique à son devancier, dont il reconduit la tentative pour opérer la jonction de la phénoménologie avec les dimensions collectives de l’existence. Après la séquence qui irait de Péguy à Benda, la relation des Méditations pascaliennes de Bourdieu à Qu’est-ce que la littérature ? de Sartre caractérise la réflexion sur l’activité intellectuelle en France pour la fin de ce siècle : il s’agit de briser le "cercle enchanté" des privilèges de caste et de la "bonne conscience" qui les redouble auprès d’un public dupé. Avant de créer les Actes de la recherche en sciences sociales, Bourdieu publie aux Temps modernes : ainsi en 1973 l’article "L’opinion publique n’existe (...)
Est-il possible d’en finir avec l’humanisme ? Toute anthropologie est-elle vouée à l’obscurité quant à ses fondements ? Cette problématique anime le travail philosophique en Allemagne et en France, depuis Kant et Fichte. Il a connu un rebondissement accentué depuis que Husserl, après s’être élevé contre tout psychologisme, a semblé donner de son propre travail une interprétation centrée sur un ego qui paraît retenir, à l’état implicite, un idéal d’humanité. Le rationalisme husserlien s’est exprimé de manière toujours plus marquée en des termes renvoyant à l’expérience mondaine, et ses recherches pour la constitution vont de pair avec une préoccupation historique de plus en plus appuyée. La manière dont Heidegger s’en est démarqué n’a pas cessé d’alimenter le débat et de susciter la controverse. Cet article reprend le fil de cette histoire à travers les lectures de Sartre, Derrida et (...)
Abstract : Violence is a relationship, not a "thing" ; nor does it submit to typologies. Nevertheless, that does not mean that violence cannot be studied and its present-day occurrences located, writes Gérard Wormser. The exercise of imagined history is probably one of the best antidotes to violence.
Résumé : La violence est une relation, pas "une chose" ; elle ne se soumet pas davantage aux typologies. Mais cela ne signifie pas que la violence ne peut pas être étudiée, ni être située dans son actualité, écrit Gérard Wormser. L’exercice d’histoire imaginaire est probablement un des meilleurs antidotes contre la violence.
Résumé : « Qui auget scientiam, auget et dolorem ». Celui qui accroît sa science, accroît aussi sa douleur. L’Ecclésiaste. Le désespoir moderne, qu’il soit celui – nostalgique et aristocratique – des décadents, ou celui – plus vindicatif et, pourrait-on dire, démocratique – de nos contemporains reste essentiellement marqué par l’idée d’un désenchantement face au monde. Trop de sciences font disparaître à jamais l’innocence première, celle des petits enfants et du Paradis perdu... Abstract : « Qui auget scientiam, auget et dolorem ». He that increaseth knowledge increaseth sorrow. The Ecclesiastes. The modern desperation, whether it be the one – nostalgic and aristocratic – of decadents, or the one – more vindictive and, shall we say, democratic – of our contemporaries remain essentially marked by the idea of a disenchantment towards the world. Too many sciences are causing the permanent disappearance of (...)
Résumé : La philosophie grecque a proposé une première théorie de la science, considérée comme apte à produire un savoir certain ou épistémè. Cette théorie contient un modèle de la raison de l’homme de science (la logique dite formelle) qui permet de reconnaître les raisonnements rationnels. Le principe de contradiction est le pilier central du système. Pour être vraie, une théorie scientifique doit satisfaire les conditions d’universalité, de nécessité (déterminisme) et d’intelligibilité de la cause. La science classique a renoncé à deux de ces critères : Newton admet qu’il ne connaît pas la cause matérielle de l’attraction de deux corps à distance ; par ailleurs, l’usage des probabilités impose d’abandonner le déterminisme absolu des phénomènes. Et cependant, la science classique garde la signification aristotélicienne de la vérité. L’invention des géométries non-euclidiennes a bouleversé notre conception de la logique : il est (...)
Résumé : Il y a eu un épisode pétainiste dans la vie de Paul Ricoeur. Combien de temps a-t-il duré exactement ? Il est vrai que le philosophe en a reconnu l’existence, lorsqu’en 1994 l’auteur de cet article lui a fait parvenir des textes publiés sous son nom au printemps 1941 dans une revue vichyssoise, l’Unité Française ; mais il est vrai aussi qu’il l’a présenté comme un bref épisode de désarroi ne durant que les premiers mois de sa captivité en Oflag. N’en a-t-il pas minimisé la longueur puisqu’il fut conférencier du "Cercle Pétain" de son camp de prisonniers et que ce cercle n’a commencé d’exister qu’en décembre 1941 ? A cette interrogation s’en joint une autre : la lecture attentive d’un article de Paul Ricoeur de mars 1939 – comme sa présence à l’université de Münich au cours de l’été 1939 ? – conduit à se demander quelle fut la nature de ce désarroi, bien antérieur donc à (...)
Face aux pratiques sociales d’un univers de jeu numérique, une approche sociologique très impliquante et participative a été retenue. L’article justifie ce choix, tout en soulevant des questions plus classiques sur la position du chercheur engagé et en tentant de clarifier plusieurs notions ethnométhodologiques. Dans une perspective critique de retour sur la discipline, les deux premières phases du travail de terrain sont abordées. D’abord les préparatifs avant l’enquête. Puis l’initiation, avec ses contraintes et marges de liberté expérimentales. La réflexion, centrée sur des enjeux de méthodes, s’efforce d’éclairer plusieurs fondamentaux : qu’est-ce que réussir son initiation et devenir membre ? L’indifférence scientifique est-elle possible ? Les techniques de déstabilisation sociale sont-elles utilisables ? Comment tirer profit des interactions humaines ? Ne faut-il pas les susciter (...)
Novelle e racconti, pensieri e progetti dagli Écrits de jeunesse. Tradotti alcuni racconti e appunti giovanili del filosofo francese dove sono già presenti gli elementi fondanti il progetto di ricerca di una filosofia del concreto che guiderà la sua riflessione, da « L’essere e il nulla » alla « Critica della ragione dialettica ». E che avrà come inseparabile compagna di viaggio Simone de Beauvoir.
Résumé : L’usage ordinaire, sous l’influence de la novlangue politico-médiatique, distingue de moins en moins discussion et négociation. Pourtant, la distinction entre les deux n’est pas qu’une affaire procédurale de différence entre régimes de la parole publique, elle est aussi fondamentale d’un point de vue éthique, puisqu’elle rend pensable un univers moral laïc et post-métaphysique fondé sur des valeurs possiblement universelles, dans l’horizon de rapports sociaux modernes où les perspectives individuelles restent profondément hétérogènes, voire conflictuelles. Le but de ce texte est tout simplement, à travers l’analyse critique de cette distinction, de se demander jusqu’où cet univers moral peut encore être le nôtre…
Mots-clés : Habermas ; Éthique de la discussion ; Négociation ; Discussion ; Kohlberg ; Développement moral ; Démocratie ; Communication
Abstract : The distinction between discussion and negotiation (...)
Cet article présente les kata des arts martiaux japonais comme objets de recherche en communication. Il indique trois directions pour une telle recherche et s’appuie sur la corrélation entre « niveaux d’apprentissages » selon la tradition japonaise et selon la psychologique pragmatique de G. Bateson pour argumenter l’une de ces directions.
Face aux différents scénarios catastrophes qu’on associe parfois au vieillissement de la population, le philosophe Gérard Wormser, directeur de Sens public, alerte les collectivités et leurs décideurs. L’intergénérationnalité est une urgence majeure… Si on est capable de faire de la mixité culturelle, sociale, environnementale, immobilière dans les centre-villes, on évitera beaucoup des scénarios catastrophes.
Résumé : Nous avons ici tenté de décrypter la nature, la structure et les modalités d’actions d’une minorité active contemporaine au sein des pays développés. Les individus qui composent le mouvement transhumaniste reflètent admirablement bien, à des degrés divers et variés, la situation conflictuelle qui est celle de l’espèce humaine en ce début de 3ème millénaire confrontée à l’importance croissante prise par les sciences, les techniques et la technologie dans nos vies quotidiennes. Discutant de l’avenir de l’humanité, les transhumanistes questionnent des problématiques essentielles qui mettent progressivement en valeur une nouvelle identité idéale posthumaine où la technique, mise au service de l’humain, restaure la légitimité sociale et cosmologique de celui-ci.
Mots-clés : transhumanisme, posthumain, utopie, futurologie, Ray Kurzweil, progrès, technoscience, intelligence économique.
Abstract : In this article, we tried to decrypt (...)
Résumé : La violence est une relation, pas « une chose » ; elle ne se soumet pas davantage aux typologies. Mais cela ne signifie pas que la violence ne peut pas être étudiée, ni être située dans son actualité, écrit Gérard Wormser. L’exercice d’histoire imaginaire est probablement un des meilleurs antidotes contre la violence.
Abstract : Violence is a relationship, not a « thing » ; nor does it submit to typologies. Nevertheless, that does not mean that violence cannot be studied and its present-day occurrences located, writes Gérard Wormser. The exercise of imagined history is probably one of the best antidotes to violence.
Entretien entre Philippe Sers, philosophe, docteur-ès-lettres, spécialisé dans l’avant-garde artistique et dans la philosophie de l’image, et Sylvie Taussig, docteur-ès-lettres, chercheuse au CNRS.
Conférence de Pierre-Gilles de Gennes, présentée à Marseille le 24 novembre 2006 dans le cadre du colloque pluridisciplinaire « La Vie et le Temps », organisé par RezoDoc, à l’initiative de Jean-Yves Heurtebise et des Écoles doctorales d’Aix-Marseille Université.
Conférence de Dominique Lecourt, présentée à Marseille le 24 novembre 2006 dans le cadre du colloque pluridisciplinaire « La Vie et le Temps », organisé par RezoDoc, à l’initiative de Jean-Yves Heurtebise et des Écoles doctorales d’Aix-Marseille Université.
Résumé : Les sédiments sont des véritables archives du passé, certains sont vieux de plusieurs centaines de millions d’années. Pour avoir des informations sur les organismes vivants on peut soit rechercher des fossiles, (c’est le travail des paléontologues), soit chercher des molécules issues de ces organismes qui peuvent se conserver dans les sédiments (on parle alors de molécules fossiles). Ces molécules composées d’atomes de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote peuvent être conservées intactes ou bien peuvent se transformer lentement dans le sédiment par des processus physiques, chimiques ou même sous l’action de bactéries. Pour savoir d’où viennent ces molécules, également appelées biomarqueurs, il est nécessaire de faire de très nombreuses études sur les écosystèmes et les organismes actuels. C’est ce travail de recensement des molécules dans les écosystèmes présents qui nous permet de “faire parler” les (...)
Résumé : La relation entre mutagenèse et cancérogenèse est admise mais sa démonstration demeure malaisée en raison de l’intrication de facteurs héréditaires et de phénomènes acquis. La molécule d’ADN est une structure dynamique sujette à de constants changements (erreurs spontanées ou secondaires à des agents génotoxiques). La plupart de ces dommages génétiques sont réparés et sans conséquence. Cependant, des agressions répétées sur le génome augmentent la probabilité de survenue de lésions irréversibles (mutations) et peuvent être à l’origine de l’initiation d’un processus cancérogène. Les agents mutagènes/cancérogènes subissent plusieurs transformations métaboliques dans l’organisme, conduisant soit à leur élimination soit à la formation de composés pouvant altérer les macromolécules cellulaires et faire l’objet d’une réparation fautive. Ces mécanismes de réparation deviennent moins efficaces avec l’âge, d’où (...)
Résumé : La psychanalyse s’est construite comme modèle théorique et clinique spécifique, distinct des orientations psychiatriques et neurologiques de l’époque, en se donnant comme science des origines. La question de la relation que le temps entretient avec la vie psychique est donc fondamentale, et c’est elle que nous interrogeons, d’un point de vue épistémologique. Or, au moment de la formation de la psychanalyse (1886-1896), Freud pose les termes de cette relation de façon paradoxale. D’une part, il cherche à fonder une « psychologie scientifique », à laquelle il assigne la tâche d’être une science de la nature. Mais, d’autre part, Freud confère au concept d’originaire une extension mythologique, si on entend par mythe : une histoire racontée sans avoir été vécue de faits n’appartenant pas à la réalité objective et se rapportant à un temps originaire, d’avant toute chronologie. Par là, le concept d’originaire (...)
Résumé : Maladroits, inattentionnés, instables, hyperactifs, quels que soient les terminologies et les catégorisations en fonction des avancées des recherches, voire des modes, les enseignants constatent qu’un grand nombre d’enfants ne peuvent fixer leur attention sur les sujets proposés en cours. Ces enfants bougent. On dit que ces enfants « débordent » dans le temps et dans l’espace. Ils anticipent, veulent toujours passer à autre chose, vont vite comme s’il y avait un décalage entre leur pensée et leur corps. La maîtrise du corps est un facteur d’apprentissage. Mais pour contrôler son corps il est nécessaire de le connaître. Cette connaissance se construit à partir du développement de la conscience corporelle. Cette conscience est relative à un temps présent et donc à une maîtrise où le temps est vécu et non subi.
Abstract : Awkward, inattentive, instable, hyperactive whatever are the terminology and the categorization used in terms of the (...)
Nous proposons une conjecture qui vise à explorer les possibilités d’une théorie de la signification qui ne se baserait ni sur l’analyse des énoncés du langage, ni sur les références objectives de nos énoncés. Cette conjecture est permise par de récents progrès logiques qui donnent les bases nécessaires notamment à la fondation d’une signification par l’usage, dans un système conventionnaliste et holiste. L’intérêt d’une telle démarche, outre l’élaboration d’un modèle conceptuel, est de permettre une autre fondation de la communication interhumaine et de l’apprentissage.
Le problème philosophique est de savoir comment définir cette notion de Désordre : est-ce que, par Désordre, il faut entendre, de façon négative, la fin de l’ordre naturel supposé universel, éternel et nécessaire remplacé par un mouvement de décomposition thermodynamique de toutes choses ou est-ce que, par Désordre, on pourrait entendre le fait vital et positif de l’absence d’un ordre figé et l’incessante variation au sein d’un milieu métastable et fluent ? Plutôt que de penser le Désordre comme une caractéristique universelle de la matière à laquelle devrait s’opposer l’Ordre, ne peut-on pas penser le désordre, de façon positive, comme cette puissance de hasard et ce goût du possible qui fait la vie du temps (...)
Michel Contat, Sartre’s bibliographer and the foremost authority on his work, has pointed out that ’Sartre’s mother’ was the most important woman in his life : it’s not Simone de Beauvoir, like people think - no, no, it was actually Mummy - he lived with Mummy, you know...’ In the same interview, citing Freud, Contat attributes Sartre’s ‘genius’ to the ‘love of a beautiful young mother’, the conviction that she ‘has a genius [...] and the very strong relationship between mother and child’. There are those who might object to this succinct psychoanalysis that it is rather Simone de Beauvoir who was the key female figure of Sartre’s adult life, becoming the mentor and guardian of his mature (...)
N’y a-t-il pas dans l’expérience de la conversation, quelque chose qui résiste à toutes ses formes vulgaires ou trop banales, qui "murmure" comme une retenue jamais épuisée, une force en attente ? Le feu de la conversation, n’est-ce pas le pur intervalle même de l’homme à l’homme, l’expérience limite de la distance à l’autre, de cette étrangeté dans la proximité qui s’indique et s’esquisse dans l’élan du converser ? Le premier sens du verbe ne donne-t-il pas à entendre un geste, un mouvement pour se tourner non pas simplement verbalement mais tout entier, en corps sensible, vers quelqu’un ?
L’École n’est pas une institution destinée à promouvoir des « valeurs » mais à faire exister des principes ; c’est vrai aussi de l’École dite « républicaine ». En effet, les valeurs sont des idéaux susceptibles d’une définition assez vague ; elles sont souvent tenues pour des suppléments idéologiques. Par exemple, il est tout à fait possible d’exiger une professionnalisation des études – exigence qui nuit à la mission fondamentale de l’École – tout en débitant, l’air débonnaire, le bon vieux discours des valeurs. Le souci de ces dernières peut fort bien voisiner avec l’abandon des principes. Tandis que, à l’inverse, l’établissement et le maintien des principes emportent avec eux la conservation des (...)
Resumo : Pensar o passado no processo de formação da subjetividade é “situar” o sujeito no espaço e no tempo e, a partir do presente, reconstruir este passado em função de um projeto que se evidencia. A proposta deste texto, partindo dos direcionamentos metodológicos fornecidos por Jean-Paul Sartre e Georg Simmel, é discutir a entrada da idéia de modernidade no Brasil através de crônicas publicadas nos jornais do Rio de Janeiro nos meados do século XIX e como, neste contexto, a relação indivíduo e sociedade é crucial na formação da subjetividade moderna. O texto procura mostrar que a relação entre meios de comunicação e subjetividade pode ser compreendida através de uma “fenomenologia social da crônica” na tentativa de ampliar as possibilidades de compreensão do mundo em que vivemos e da vida que decidimos viver. O surgimento e a conseqüente entrada da cultura do consumo no Brasil no século XIX, produziu uma nova experiência existencial e, ao mesmo tempo, (...)
Depuis l’Antiquité, la dépression est l’une des maladies de la psyché à la fois la plus connue et la plus redoutée pour l’être humain. Très étudiée par les médecins, les psychologues, les philosophes et même les écrivains (le « spleen » poétisé par Baudelaire est devenu célèbre), nous pouvons aborder la dépression sous de nombreux angles d’observation différents, notamment par le biais de la neurobiochimie et de la neurophysiologie. L’activité des neurotransmetteurs dans les synapses neuronales est aujourd’hui clairement identifiée et nous permet de mieux comprendre l’action, par exemple, des médicaments antidépresseurs. Or, ce n’est pas à partir de cet angle, purement chimique, ni non plus sous l’angle strictement clinicien que nous analyserons la dépression (la psychiatrie reconnaît une bonne dizaine de tableaux cliniques), mais nous parlerons spécifiquement de la « dépression du senior » et cela d’un point de vue (...)
Résumé : L’entretien suivant a été réalisé avec Michel Crozier en décembre 2003. Ce chercheur de renommée internationale a introduit en France la sociologie des organisations, un champ d’études qu’il a importé des États-Unis et auquel il a formé plusieurs générations d’étudiants. Il a fondé à Paris en 1966 le Centre de sociologie des organisations. N’ayant cessé depuis quarante ans de dénoncer les maux d’une société qui s’enfonce dans des croyances abstraites et de plaider pour un pragmatisme éclairé, Michel Crozier nous a livré sans ambages son sentiment sur l’évolution de la société française avec une réflexion sur les relations de pouvoir, le mal bureaucratique, la décentralisation ainsi que sur les travaux de la Convention européenne.
Mots-clés : Sociologie des organisations ; Pragmatisme ; Décentralisation ; Culture délibérative ; Consensus, ; Convention européenne.
Abstract : The following interview was made with Michel (...)
Résumé : Partant d’une comparaison entre les Académies de Platon et de TF1, l’auteur porte un regard sur la société actuelle en s’interrogeant sur le sens contemporain de cette émission de variétés surnommée la Star Ac’.
Abstract : From a comparison between the Academies of Platon and TF1, the author observes the current society and wonders the contemporary meaning of this variety show nicknamed the Star Ac’.
Roger Scruton is a British philosopher equally well known for a number of studies of historical figures in philosophy, such as Spinoza, and for his ultra-conservative political views. (He gave advice to Margaret Thatcher, for example.) A graduate student of mine, Mr. Michael Michau, recently sent me a copy of a brief essay by Professor Scruton that appeared in a journal called Open Democracy and that bears directly on the simultaneously au courant themes of political philosophy confronting the contemporary situation and the bicentenary of Kant’s death ; it is entitled "Kant and the Iraq War."
Résumé : Le matérialisme est un véritable obstacle épistémologique pour Auguste Comte, il caractérise avant tout l’attitude consistant à ramener l’analyse de phénomènes à une causalité absolue. C’est en vertu de ce défaut que de nombreux savants se trouvent bloqués dans leurs recherches scientifiques car ils restent engoncés dans leur spécialité. L’article montre que si Comte a condamné fermement le matérialisme, notamment dans son Discours sur l’ensemble du positivisme, il retrouve paradoxalement une certaine forme de sagesse matérialiste dans le fait de préconiser l’équilibre des fonctions cérébrales et le développement de l’instinct de sociabilité.
Mots-clés : Matérialisme ; Morale positiviste ; Religion de l’Humanité ; Esthétique ; Instinct de sociabilité
Abstract : Materialism is a strong epistemological hurdle for Comte as it defines the attitude which reduces the analysis of phenomena to an absolute causality. Because of (...)
L’article analyse la commémoration, scolaire et médiatique, de la lettre de Guy Môquet, qui donne lieu à une réécriture de l’histoire laquelle consiste, sur fond de rejet de la repentance, à substituer la « victime résistante », elle-même dépouillée de toute identité politique, à la « victime juive », dont le souvenir ne peut éviter de se rappeler la détestable mais réelle collaboration. Révisionnisme subtil et indirect en vue d’une représentation sacrificielle mais aimable de la patrie.
Résumé : La modernité est vue comme une grande rupture dans l’histoire de l’humanité, qui est venue bouleverser le paysage aussi bien politique que religieux. Selon Max Weber, le monde moderne subirait un processus de « désenchantement ». Le sens magique disparaîtrait. En outre la modernité instaurerait une signification de l’être humain saisi hors de tout conditionnement culturel et l’image d’une autorité, ou d’un pouvoir, toujours en quête de sa légitimité. Une modernité « à l’état pur » supposerait ainsi l’évacuation totale de toute croyance de nature religieuse, l’élimination de toute référence à une force transcendante pourvoyeuse de certitudes.
Mots-clés : Martyr ; Modernité ; Politique ; Religieux ; Religion ; Sacré ; Violence ; Weber.
Abstract : Modernity is seen as a great rupture in the history of humanity, which came to disrupt the landscapes in both the religious and political settings. According to Max Weber, (...)
J’ai emprunté le titre de cet exposé à un mot de Jean-Claude Carrière, écrivain, auteur dramatique français, connu notamment pour avoir été le scénariste de certains films de Luis Buñuel et pour avoir été l’auteur du scénario d’un téléfilm qui a eu en France quelque succès et qui est sorti sous le titre La Controverse de Valladolid. Jean-Claude Carrière déclare dans un ouvrage collectif intitulé Entretiens sur la fin des temps : « Une société sans pensée utopique est inconcevable. Utopie au sens de désir d’un mieux ». Il ne s’agira pas de faire l’exégèse de propos de Jean-Claude Carrière, il semble clair qu’il veut au moins dire que l’on ne saurait priver les hommes de l’aspiration à l’amélioration de leur sort, qu’on ne saurait les priver d’une dimension imaginaire dans laquelle on présume qu’ils puisent leur raison de (...)
Résumé : La confrontation entre le mouvement de libération des femmes et le mouvement de libération des sexualités peut être féconde. A condition toutefois de ne pas céder à l’amalgame et de ne pas prétendre dissoudre dans le mouvement plus récent des sexualités - des homosexualités - le mouvement des femmes, comme en une nouvelle « Phénoménologie de l’Esprit » où une figure de la dialectique viendrait assumer et dépasser la précédente. La notion de « bio-pouvoirs » élaborée par Foucault ne peut elle-même être appliquée indifféremment et sans autre analyse à l’un et l’autre de ces mouvements et de ces enjeux.
Abstract : The confrontation between the liberation movement of women and the movement of sexual liberation can be proficuous. On condition of not yielding to hodgepodge and of not dissolving the movement of women into the more recent movement of sexualities – of homosexualities –, as if in a new “Phenomenology of the Soul” (...)
Résumé : Au 18e siècle, Rousseau engage un débat polémique avec ses contemporains philosophes sur la tension entre particulier et universel à travers les figures antithétiques de la patrie et de l’humanité, présentées comme irréductibles l’une à l’autre. D’après Rousseau, on ne pourrait faire d’un individu un homme et un citoyen à la fois. Si Rousseau exagère volontairement cette opposition, c’est pour se donner les moyens de démontrer que l’amour de la patrie est la condition première de l’amour de l’humanité. Seul le vrai citoyen fera un homme véritable. Pour y arriver, il faut instituer une vraie société civile libre des chaînes du « despotisme ».
Mots-clés : Rousseau ; Universel ; Universalisme ; Particulier ; Particularisme ; Citoyen ; Citoyenneté ; Patrie ; Humanité ; Cosmopolitisme ; Christianisme ; Société civile
Abstract : In the 18th century, Rousseau engages in a polemical debate with the philosophers of his time (...)
Résumé : Dans un numéro récent (n° 83, 2005) de Lettera Internazionale, édition italienne, nous avons dédié un dossier au problème de la traduction. Ce n’était pas la première fois : déjà en 1992 nous avons eu la nécessité de le faire. Une grande partie des textes que nous publions n’est pas d’abord écrite en Italien, et a donc besoin d’une traduction dans notre langue. Cela pose toujours un problème qui n’a pas seulement à faire avec la théorie de la traduction - de l’art de la traduction - mais surtout avec le problème de la communication : comment transmettre un message qui correspond à une culture qui n’est pas la nôtre, qui formule sa pensée d’une manière différente par rapport à notre culture ?
Abstract : In a recent issue (n° 83, 2005) of Lettera Internazionale, Italian publishing, a special report was dedicated to the issues of translation. It was not the first time : already in 1992 we had to do it. A large portion of the (...)
Résumé : La question Sartre reste brûlante. Témoin, le passionnant colloque tenu cet été au Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle. Sartre y faisait retour pour la troisième fois. En 1926, le jeune normalien nietzschéen y était invité à un débat sur la spiritualité ; dans le hall du château, sur une photo où il pose à genoux en une prière inversée, son ironie pointe encore. En 1979, un an avant sa mort, le contemporain capital s’y voyait consacrer une première décade, remarquable. Enfin, organisé en 2005 par Michel Rybalka et Michel Sicard, le colloque intitulé “Sartre : écriture et engagement” aura marqué par son excellence : nombre et qualité des participants (dont Michel Contat, Dominique Desanti, Maurice de Gandillac, Jacques Lecarme, Bernard-Henri Lévy, Olivier Todd, Pierre Verstraeten...), rayonnement international des meilleurs spécialistes (Allemagne, Belgique, Brésil, Canada, Corée, Etats-Unis, Italie, Japon, Royaume-Uni...), vitalité de la (...)
Resumo : Considerando as contradições da globalização contemporânea, mostra-se essencial a renovação da questão sobre a viabilidade e sobre o sentido do direito. Enfrentamos atualmente uma crise dos paradigmas jurídicos e já não há mais um modo claro e definido de pensar o direito. Qual o sentido do direito ? A essa pergunta, nem o jusnaturalismo clássico nem o positivismo jurídico nos respondem satisfatoriamente. Não podemos adotar tais perspectivas sem recorrermos a uma metafísica normativa ou à idéia de sistema jurídico. As demais teorias também não nos parecem satisfatórias pelo fato de tomarem o direito como uma coisa, ou por pensá-lo de modo simplesmente krono-lógico e não kairo-lógico, O direito não é. O direito é o sentido jurídico que se dá aos objetos no mundo. Assim sendo, nós podemos compreende o sentido do direito na e pela temporalidade existencial, a sua dimensão construtiva, no diálogo com a alteridade.
Palavras-chave : Direito ; Jusnaturalismo ; Positivismo ; (...)
Resumo : O objetivo deste artigo é a compreensão da antítese entre natureza e cultura ressaltada por J.-J. Rousseau no segundo Discurso, uma vez que revela como o homem distanciou-se do seu elemento harmônico. Para tanto, é preciso remontar ao “tempo” em que a natureza reinava soberana, pois a condição humana desempenhava apenas as suas funções vitais. Além disso, é necessário também destacar a passagem desse “tempo” para um outro onde ocorre um desengate entre o homem e o mundo ; porém, é equivocado assinalar que esse fato esteja à margem da natureza essencial do homem, apesar de consolidar-se como a sua “desnaturalização”, devido a impossibilidade dos termos liberdade e alienação se excluírem mutuamente dentro da filosofia rousseauniana.
Palavras-chaves : Liberdade ; Razão ; Natureza ; Cultura
Abstract : The objective of this article is the comprehension of the antithesis between nature and culture highlighted by J.-J.Rousseau on the second (...)
Le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755) est sans doute, avec le Contrat social (1762) et l’Émile (1762), le texte qui a conduit la pensée de Rousseau a être considérée comme proprement philosophique. Cette reconnaissance du statut proprement philosophique de l’œuvre de Rousseau, aussi indiscutable qu’elle paraisse aujourd’hui, n’a pas été immédiate. Le ton polémique et paranoïaque du genevois, ses polissonneries et sa vie tumultueuse, ont pu durablement biaiser la perception de son œuvre, donner à sa pensée l’apparence de la contradiction. Rousseau a certes été consacré très vite comme le père du romantisme et l’âme de la Révolution, mais c’est certainement avant tout la pensée allemande qui a mis en valeur sa consistance (...)
L’œuvre de Rousseau est à la fois et indissociablement une anthropologie, une morale et une politique. Son anthropologie, fondée sur la description de l’homme « à l’état naturel », fait comprendre que c’est l’état de société qui est à l’origine du mal sur la terre. Pour Rousseau, le mal social se présente quotidiennement à nos yeux sous les espèces de la misère, de la violence et de l’oppression. Son anthropologie est pour le moins désespérante : depuis la nuit des temps, quelques puissants, à l’abri des lois, exploitent l’immense majorité sans défense. Pourtant l’œuvre de Rousseau ne se borne pas à une simple dénonciation, si brillante soit-elle, de la réalité sociale. Comme le démontrent sa politique et sa morale, le règne universel de l’injustice n’est pas une fatalité. Car si Rousseau refuse d’admettre une quelconque « nature humaine » pouvant éventuellement fonder en raison une communauté (...)
A l’école de nos ancêtres... Je suis devenu instituteur en 1973 cinq ans après Mai 1968. Il était alors de bon ton de railler l’ethnocentrisme de l’école française, d’ironiser sur « nos ancêtres les Gaulois » que plus personne n’enseignait pourtant depuis belle lurette. - Uderzo et Goscinny aidant ? -, il m’a fallu bien des années pour retrouver quelque tendresse - pour ce vieux Vercingétorix et ses chers Gaulois, pour mesurer aussi le rôle que, consciemment ou non, l’école de la République française et ses hussards avaient pu jouer auprès d’autres peuples, notamment en Algérie, dans l’avènement du processus de libération nationale qu’ils engagèrent.
A partir du cas du traitement médical contre la dépression, cet essai vise à discuter le rapport entre médecine et industrie pharmaceutique. L’auteur estime que l’influence croissante des laboratoires réduit le médecin à n’être qu’un exécutant chargé de délivrer la « bonne » ordonnance qui contiendrait les « bons » médicaments. Mais le médecin semble être lui-même complice de cette situation. Ces tractations se font souvent au détriment du patient dont la souffrance n’est pas prise au sérieux, mais tout au plus réduite à une quantification succincte grâce à laquelle déterminer quel médicament pourra être vendu.
Résumé : Les définitions classiques de l’homme à la fois comme animal politique et sujet de raison renvoient à une profonde unité : la politique comme mode d’organisation sociale des corps et la science comme mode d’organisation expérimentale des faits se définissent à travers un processus de coévolution. De fait, la raison comme puissance « transcendantale » d’organisation du divers opère moins à partir de catégories abstraites que par une stratégie de gestion des données du monde. Inversement, le social se constitue comme un essai de rationalisation des rapports entre ses membres. La conséquence épistémologique de cette hypothèse est que s’il y a bien une vérité produite par la science, elle ne relève ni de la découverte du réel comme tel ni de la révélation de l’esprit humain mais elle est l’expression du mode d’organisation des esprits et des corps. La conséquence éthique de cette hypothèse est que si l’homme, pour (...)
Résumé : Si la tradition impose des idées et des valeurs au nom d’une autorité que l’on ne doit pas discuter par principe, il pourra sembler légitime de la remettre en question, voire de la rejeter. Mais en tant que la tradition est mémoire vivante du passé pour ceux qui la reçoivent, n’est-elle pas la condition de tout progrès, et digne de respect en ce sens ? Si la tradition est reçue, si elle est un héritage transmis, ce n’est qu’individuellement que l’on peut véritablement répondre d’un héritage. Répondre de, c’est répondre librement, en son nom et pour soi-même. A cette condition logée dans le cœur de l’individu, la tradition pourrait apparaître sous une figure autre que l’autorité pure et simple. Ceci mènerait à reconnaître que toute tradition dépend d’abord de l’écoute de ceux à qui elle est transmise.
Mots-clés : Tradition ; Héritage ; Descartes ; Kant ; Pascal ; Alain ; Lumières ; (...)
Rassiunto : Il Baudelaire costituisce la prima delle grandi monografie (seguite poi da quelle su Jean Genet e da quelle incompiute su Gustave Flaubert e Stéphane Mallarmé) dedicate da Sartre ad alcuni grandi autori della letteratura francese. Quest’opera, pur nella sua brevità ed asciuttezza, ci ha consentito di affrontare alcuni temi cruciali del primo pensiero sartriano, tra cui i concetti di mauvaise foi, ossia di malafede, e quello di progetto, oltre al tema della libertà, che è in qualche modo l’asse portante di tutto il pensiero di Sartre. Dopo una breve disamina de L’existentialisme est un humanisme, utile per richiamare i temi summenzionati, ci siamo posti l’obiettivo di sviluppare una riflessione sulla soggettività e sulla creazione dei valori attraverso l’analisi delle opere e del pensiero di alcuni scrittori e filosofi che, nella nostra ipotesi, hanno profondamente influenzato, in un modo o nell’altro, la speculazione filosofica (...)
Abstract : In spite of the unprecedented amount of literature that has been produced on the events of May 1968 in France during the last forty or so years, many questions still remain. Whether one considers the events themselves, their consequences, interpretations or explanations, it is quite difficult, if not impossible, to find real consensus. This article will detail how, whilst agreement has been reached on many important areas, others remain open to debate and interpretation. It suggests that this lack of consensus amongst experts has affected the way the events are perceived today. It will be concluded that these lingering question marks have been a contributing factor in the continued debate surrounding 1968 as well as having been influential in the emergence of what Kristin Ross has defined as the ‘official history’ of May 68.
Keywords : May 68 ; Official History ; Kristin Ross ; Consensus ; 40th Anniversary ; CRS ; De Gaulle ; Pompidou ; Baden Baden ; (...)
Resumé : En nous interrogeant sur le sens du postmodernisme, nous avons pénétré dans un champ de significations qui nous a permis de cerner trois paradoxes : hétérogénéité – homogénéité ; vitesse – inertie ; relativisme du sens – sens du relativisme (volonté de non-sens). Le chaos postmoderne ne se soutient pas lui-même. Il faut qu’un impératif soit à la base de ce désordre rangé, ce qui va déterminer la raison des paradoxes et les conséquences éthiques et esthétiques du postmodernisme. C’est un impératif qui dissimule sa propre vérité et la vérité elle-même. Le postmoderne tombe dans une métaphysique renversée, une nouvelle manière de fixation au présent. L’hémorragie du discours se présente comme l’essai de distorsion du signe, c’est-à-dire du rapport entre signifiant et signifié, là où il se fonde lui-même. Ce qui s’impose maintenant c’est de trouver le chemin qui nous conduira à une nouvelle idée, à un dépassement du (...)
Résumé : Phénomène de librairie de l’automne 2006, le roman-fleuve (900 pages) de Jonathan Littell Les Bienveillantes a été plébiscité pour ses qualités littéraires, ainsi que pour l’extrême précision d’un document qui se présente aussi comme une leçon d’Histoire concernant la seconde guerre mondiale, examinée du côté de l’agresseur nazi. Il en ressort une réflexion morale autour des agissements d’Hitler et des forces allemandes, et notamment la mise en oeuvre de la « solution finale ». L’auteur de l’article prend appui sur ces réflexions, dans lesquelles des comparaisons sont faites avec d’autres massacres ponctuels ayant eu lieu dans l’histoire mondiale, pour les appliquer à l’état du monde actuel, dont les malheurs massifs sont systématiquement sous-estimés ou ignorés par les propagateurs de l’idéologie dominante, qui porte sur l’économie d’abord, mais aussi par ricochet sur le politique et même (...)
Résumé : Il s’agit d’une fable allégorique. Derrida en est venu à « se reconnaître » dans la figure de ces juifs aveugles et errants en eux-mêmes, simulacres de chrétiens, parjures malgré eux. C’est une figure du sans figure défiguré, qui ne parvient ni à se ressembler ni à se rassembler. L’impossibilité de compter les juifs qui en résulte fait signe vers une altérité infinie potentiellement universelle, et ouvre sur une idée à venir du cosmopolitique. Une telle « figure » renouvelle le droit international et la politique des nations, elle déstabilise tout nationalisme en obligeant à une hospitalité de visitation irréductible à toute invitation et toute tolérance. Il s’agit peut-être d’une nouvelle pensée des lumières, celles d’une justice disjointe de la vérité en tout sens.
Abstract : Cosmopolitcs of the absolute marrano. It is an allegoric fable, Derrida “ recognizes himself” in the figure of those Jews, blinded and (...)
Abstract : Our intellectual and social, economical and political practices are based on normative systems which may be not infallible but whose core requirements can in no way be questioned. Nevertheless, the Internet and its conflicting logics significantly affect the certainty of an unquestionable relation of our practices with the standards that rule them. This paper addresses the issue of normativity itself, i.e. the relation that we are meant to maintain, in the context of an absolutely unique networking experience, with standards, laws, ethical and deontological rules, supposed to ensure the properness of our interactions in the "cyberspace.
Résumé : Nos pratiques intellectuelles et sociales, économiques ou politiques, sont adossées à des systèmes normatifs qui ne sont sans doute pas infaillibles, mais dont l’exigence n’est dans son fond nullement remise en question. Or l’Internet et les logiques conflictuelles dont il est animé ébranle notablement la (...)
Un vaste débat sur l'universalisme a resurgi au sein de la philosophie contemporaine. Dans l'optique historiciste et relativiste, qui domina, notamment en France, les années 1960-1970, la critique de la métaphysique fut perçue comme imposant de soumettre à généalogie l'illusion qu'il pût exister des valeurs ou des principes universels. Ce qui était en jeu dans ce soupçon apparaît, rétrospectivement, d'une importance considérable.
D'une part, ce type de généalogie (...)
Ce texte est une réaction à celui de Jean-Paul Chartier, publié sur Sens Public (septembre 2004), qui demande dès son titre : « L’intériorité : espace imaginaire ou duperie ? » Nous voudrions montrer que si la question a le mérite d’être posée, elle n’est finalement pas traitée, essentiellement par une foi inconditionnelle dans la notion d’intériorité. Nous insisterons seulement sur la manière dont l’argumentation est mise au service de cette notion pour nous persuader de sa nécessité théorique et pratique. D’où vient cette nécessité, ce besoin d’intériorité ?
La tolérance et la différence se manifestant dans de nombreux domaines (politique, religieux, culturel), je voudrais restreindre notre sujet en abordant un problème très concret relevant de ce que l’on pourrait appeler « tolérance et différence linguistiques ». Dans ma contribution, il sera toutefois bien davantage question de littérature que de linguistique à proprement parler.
Cet article interroge la notion d’intérieur proposée par Alain Badiou au livre VI de Logiques des mondes. Sa justification floue au terme du développement conduit à soupçonner qu’il s’agisse moins d’une conséquence logique que d’un préjugé dont l’enracinement serait tantôt esthétique, tantôt théologique. Néanmoins, en proposant de déplacer cette formalisation de l’intérieur du monde vers le sujet, elle constitue un fondement solide pour prolonger la réflexion structuraliste sur un sujet au-delà de l’humain, c’est-à-dire effet de structure et opérateur sans intériorité. Photo d’Augusto Areal.
Jacques Derrida et Sarah Kofman ont hérité de Jean Paul Sartre, mais la pratique de la déconstruction a mis en question la démarche du fondateur des Temps Modernes, notamment en ce qui concerne la relation entre la philosophie et la littérature. Il est intéressant d’analyser comment, après avoir écrit une bonne partie de leurs œuvres, ces deux philosophes ont pris la peine de remarquer les traces de l’oeuvre de Sartre dans leur autobiographie intellectuelle. L’héritage est pour une part de l’ordre de l’inconnu. La temporalité du sujet lecteur, la dette, le rapport entre théorie et autobiographie, le rapport au suicide (S.K.) sont aussi ici analysés.
Les catégories du masculin et du féminin ont, dans le discours philosophique, un statut pour le moins problématique, puisqu’elles y interviennent à titre d’arguments tout en étant fortement investies par les préjugés qui résultent de la domination masculine et servent à l’entériner. Comme si, au moment d’user de ces catégories, la vigilance critique, constitutive du projet philosophique, se relâchait et perdait sa raison d’être. Pour rendre compte de cet affaiblissement (coupable) de la veille critique, un argument sociologique peut être avancé : les philosophes étant massivement des « hommes », ils tirent profit de la domination masculine et aident à sa légitimation en véhiculant, sous des formes plus ou moins raffinées, les préjugés qui la confortent. Cette explication ne manque jamais d’être, à la fois, valide et insuffisante. Elle ne permet pas de comprendre pourquoi le discours philosophique refoule son acuité critique à propos des (...)
Lorsque Michaël Walzer rédigea, en 1997, son Traité sur la tolérance, il commença par un « envoi » très intéressant, écrivant : « En tant que juif américain, j’ai d’abord grandi en me considérant comme objet de tolérance. Ce n’est que bien plus tard que j’ai également reconnu en moi le sujet, l’agent ayant lui-même vocation à en tolérer d’autres, y compris certains de mes coreligionnaires juifs qui se faisaient de la judéité une idée radicalement différente de la mienne. » Michaël Walzer insiste sur la position subjective : le fait d’être sujet. Il souligne, ce faisant, que celui qui peut n’être pas toléré n’est pas passif, s’il demeure impuissant. Car s’il ne peut influer sur la perception d’autrui, il n’est pas, pour sa part personnelle, une chose, mais un sujet qui, à son tour, tolère ou non certains plutôt que d’autres. Il insiste donc sur le fait que la tolérance est, dans le fond, quand elle (...)
Résumé : L’étude de la notion ’Volk’, pour le haut moyen âge, est réalisée suivant une démarche onomasiologique. Ainsi pour répondre à la question de savoir comment était désigné ’das Volk’, des écrits ont été dépouillés. Il s’agit de textes rédigés en latin ou en langue vernaculaire franque puisque les érudits de l’époque utilisaient ces deux langues, soit pour leur propre rédaction, soit pour gloser, en vieux-haut-allemand, les textes latins classiques. Tous ces écrits montrent que, très tôt, le peuple a conscience de sa propre individualité et de celle des autres peuples. En utilisant en parallèle le latin et l’allemand, par le biais d’une différentiation terminologique subtile, les lettrés bilingues expriment, en ce qui concerne la notion en question, toutes les nuances qu’ils appréhendent lorsqu’ils observent leur environnement social ou étudient les textes anciens profanes ou religieux. Mots-clés : Moyen Age, (...)
Résumé : A partir du 17e siècle, la découverte de nombreuses langues hors d’Europe s’accompagne de la découverte d’autant de peuples barbares ou « sauvages ». Cette grande diversité pose alors le problème de l’unité du langage. Au recensement succède un effort de grammatisation des vernaculaires, puis le choix d’une langue nationale comme fondement d’une nation. La question de l’origine linguistique de la communauté suscite des essais théoriques sur l’origine du langage comme chez Herder (1770) ou des considérations sur l’identité singulière d’un peuple comme chez Fichte (1808). Enfin, en raison de leur rapport intime et ancien, la langue sert de critère de classification des peuples du monde, de Leibniz (1710) à Balbi (1826) qui prend en compte 700 langues. Le sanscrit fournit une nouvelle origine commune et une nouvelle taxinomie des langues indo-européennes, tandis que Pictet (1859-63) tente, d’après le lexique, (...)
Résumé : L’idée de Volksgeist constitue le pilier de l’Ecole historique du Droit dont le principal fondateur est Savigny (1779-1861). La philosophie (au sens large du terme) de cette Ecole constitue une réaction contre l’idéologie de la Révolution française et la philosophie des Lumières qui prônent un naturalisme subjectiviste et font du droit un dérivant du contractualisme. Le Volksgeist représente un Weg, un chemin qui évoque le passé comme histoire et culture d’un peuple ; c’est-à-dire un Weg qui s’ouvre à l’héritage traditionnel d’un peuple et constitue le fondement de son identité. Le Volksgeist constitue fondamentalement une des sources du droit. Les lois formelles ont une fonction secondaire dans la genèse du droit : elles en fixent les principes. Elles donnent une forme concrète à la fluidité du Volksgeist, dont la loi devient une des expressions, loi qui ne doit pas abroger le droit populaire. Le Volksgeist renvoie à un (...)
Résumé : Le Barrès nationaliste a beaucoup été étudié ; l’idée est de déplacer la perspective vers Barrès penseur du fondement du lien social qui s’interroge sur les modalités de formation et de survie d’un peuple, en l’occurrence le peuple français. Conscient de l’hétérogénéité anthropologique et sociologique d’une communauté humaine, Barrès remet en question la logique rousseauiste du contrat et la capacité autoconstituante dévolue au peuple rassemblé autour de principes partagés. Dans la mouvance de Taine ou de Burke, il définit le peuple comme l’aboutissement d’un processus d’assignation héréditaire qui assemblent les diversités en complémentarités et solidarités (vision organiciste). Barrès prend place dans la lignée des penseurs du XIXe siècle qui s’efforcent de refonder le lien social dans les sociétés démocratiques menacées d’atomisation. Mots-clés : Peuple français, Lien social, Diversité des conditions, (...)
In January, 1939, one year after the death of Edmund Husserl, Sartre published a short essay entitled “Husserl’s Central Idea.” In the space of a few paragraphs, Sartre rejects the epistemology of Descartes and the neo-Kantians and their view of consciousness’s relationship to the world. Consciousness is not related to the world by virtue of a set of mental representations and acts of mental synthesis that combine such representations to provide us with our knowledge the external world. Husserl’s intentional theory of consciousness provides the only acceptable alternative : “Consciousness and the world are immediately given together : the world, essentially external to consciousness, is essentially related to it.” The only appropriate image for intentionality and our knowing relationship to the world is that of an “explosion” : “to know is to ‘explode’ toward” an object in the world, an object (...)
Abstract : Questo contributo si pone l’obiettivo di studiare l’evoluzione di alcuni concetti-chiave del pensiero di Jean-Paul Sartre mettendo a confronto i suoi scritti di critica letteraria del secondo dopoguerra (in particolare, il Baudelaire e i cosiddetti articoli programmatici) con L’Idiot de la famille, l’ultima delle sue grandi biografie. Nello specifico, vengono presentati ed analizzati tre aspetti del pensiero sartriano che mostrano il radicale mutamento di prospettiva compiuto dal filosofo. In primo luogo, viene mostrato come muta, nell’ottica di Sartre, la funzione della letteratura. Negli scritti degli anni ’40, la letteratura è, per Sartre, engagement, cioè un modo per lo scrittore di aggredire la realtà sociale e di far sentire la sua voce sugli avvenimenti. Al contrario, nell’Idiot de la famille la letteratura viene presentata da Sartre come una fuga dalla Storia e un tuffo nell’immaginario. In secondo luogo, viene (...)
In his 1945 lecture, Jean-Paul Sartre defends Existentialism against the ‘charges’ of being a philosophy of pessimism, despair, nihilism, anarchy, vulgarity, baseness, ugliness and last but definitely not least the ‘charge’ of amorality since Sartre, restating the position of Dostoyevsky affirms the humanistic starting-point of Existentialism : ‘Si Dieu n’existe pas tout est permis.’ The alleged Sartrean ‘starting point’ of the Cartesian cogito, the maîtrise of the ‘je pense’ as the isolated presence of a pure subjectivity was considered by both Communist and Christian critic alike to preclude any form of concrete action in, or social solidarity with, the outside world.
It has often been noticed that the philosophical analysis developed in L’être et le néant can be related to Sartre’s literature. As a consequence, Sartre’s early writings have often been criticized from two points of view. The philosophical works, it is said, are not sufficiently rigorous, and the novels, short stories, plays, are nothing but problem literature, too philosophical to arouse curiosity. Sartre’s phenomenological works are not taken seriously, especially in France (the situation is quite different with Merleau-Ponty’s phenomenology). The aim of this paper is to criticize the common opinion in this matter.
Cet essai présente une lecture interne des "Règles pour la direction de l’esprit", premier ouvrage philosophique de Descartes. On y montre que la recherche de la Sagesse universelle décrite par le philosophe dans la Règle VIII est mise en abyme dans le livre. Elle commande sa construction. L’analyse conduit à déceler la présence d’une difficulté métaphysique non résolue au sujet de l’universalité de la méthode et de la science, qui peut rendre compte de l’inachèvement de cette première oeuvre, ou avant-oeuvre (Texte joint en PDF, 110 pages).
Nous nous proposons d’établir que la notion d’homme est incompatible avec l’ontologie, en partant d’une opposition entre Sartre et Heidegger. En effet, d’un côté nous trouvons une démarche qui se dit ouvertement humaniste, de l’autre une défiance à l’égard de cette tendance. Mais d’où vient cette méfiance pour la notion d’homme et l’humanisme qui s’en fait le défenseur ? Faut-il se contenter d’invoquer une question d’affinités électives ? Ou au contraire, restreindre cette opposition à un différend lexical, l’un parlant d’homme et l’autre de Dasein ? Nous pensons bien plutôt que le montage heideggérien exclut fondamentalement les valeurs humanistes. Voire : tout discours sur l’être, fondé sur des principes touchant exclusivement à l’être, serait incompossible avec un discours l’anthropologique, au sens large d’un discours qui tiendrait l’homme comme point (...)
Résumé : Il peut paraître singulier de vouloir mettre Theodor Herzl, inventeur du sionisme politique, sur le divan de Gilles Deleuze. Pourtant, le lent cheminement qui va pousser Herzl à accomplir l’œuvre de sa vie procède d’une quête remarquablement mise en évidence par Deleuze. La recherche de la vérité chez Deleuze n’est pas mue par un amour de la sagesse - philo-sophie - mais est au contraire le fruit d’une anti-sophie, d’un tourment qui fait tendre vers la vérité, au gré des signes de la vie qui nous force à penser. Theodor Herzl n’est en rien un philosémite ; c’est dans les tourments antisémites de son siècle que lui est apparu l’évidence d’Israël.
Abstract : It might seem awkward to try and lay Theodor Herzl, inventor of political Zionism, on Gilles Deleuze’s couch. However, the slow pace of Herzl’s endeavour towards his life’s achievement outlines a search intrinsically related to Deleuze. (...)
Resumo : A proposta do artigo consiste em problematizar o sentido de liberdade ética em Spinoza segundo a existência, mantendo-se o fundamento do conatus. Inicialmente, retoma-se o conceito de substância em Spinoza, mostrando em que medida ele supera a substância das concepções aristotélica e cartesiana. Em seguida, tomando-se a definição de liberdade que o conceito de substância nos permite referir, questiona-se a importância do conatus e o afastamento da contingência no racionalismo spinozista, relativamente ao posicionamento existencialista.
Palavras-chave : Substância, Conatus, Liberdade, Contingência.
Abstract : The proposal of the article consists on putting in evidence the sense of ethical freedom in Spinoza according to existence, remaining itself the bedding of conatus. Initially, the substance concept is retaken in Spinoza, showing where measured it surpasses the substance of the conceptions aristotelian and cartesian. After that, being overcome it definition of (...)
Résumé : La RDA était un État nouveau en 1949, il lui a fallu se créer un passé et une histoire. Pour cela, les dirigeants et les historiens ont utilisé le mythe des acteurs de la Révolution de janvier 1919, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Leur mort dans l’acte révolutionnaire leur a conféré un statut de héros dans la mythologie de la RDA. Par l’utilisation de la rhétorique marxiste, cette glorification est semblable à celle d’une hagiographie laïque. Cependant, même s’ils sont associés et glorifiés comme un couple, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont traités différemment dans l’historiographie est-allemande. Rosa Luxemburg n’avait pas le même statut, pour des raisons idéologiques – son opposition à Lénine – et dues à sa condition féminine. À la différence, Karl Liebknecht était considéré comme le meneur actif de la « Révolution de Novembre. » Celle-ci ayant été considérée comme l’acte de naissance symbolique de la RDA, (...)
Résumé : Nos pratiques intellectuelles et sociales, économiques ou politiques, sont adossées à des systèmes normatifs qui ne sont sans doute pas infaillibles, mais dont l’exigence n’est dans son fond nullement remise en question. Or l’Internet et les logiques conflictuelles dont il est animé ébranle notablement la certitude d’un rapport inquestionnable de nos pratiques aux normes qui les régissent. Nous posons dans le texte suivant la question de la normativité en elle-même, c’est-à-dire la question de la relation que nous sommes supposés entretenir, dans le contexte d’une expérience absolument singulière des réseaux, avec les normes, lois, règles morales ou déontologiques, qui sont supposées garantir l’ordre de nos interactions dans le « cyberespace ».
Abstract : Our intellectual and social, economical and political practices are based on normative systems which may be not infallible but whose core requirements can in no way be (...)

A partir da noção alargada de escrita que atravessa todo o pensamento derridiano - segundo a qual os predicados a ela comumente associados, tais como exterioridade, repetição, ausência deixam de figurar (através do duplo gesto desconstrutor que consiste em inverter e deslocar as oposições binárias inerentes à metafísica) como secundários e derivados em relação à primordialidade da presença ideal para adquirir um valor essencial e irredutível, a ponto de Derrida afirmar que já existe uma (arqui)escrita habitando originariamente o interior da própria fala, inscrevendo-se assim como uma heterogeneidade, uma alteridade radical que divide, que fissura desde sempre a pretensa homogeneidade pura, plena e idêntica a si dessa substância fônica de expressão tradicionalmente concebida como mais próxima da idealidade da presença -, pretendo mostrar que sua possibilidade se deve à radicalização, operada por Derrida, das reduções fenomenológicas - já que Husserl, embora tenha reduzido a escrita (...)
Resumo : O objetivo deste trabalho é revelar a forma pela qual a pesquisadora belga Juliette Simont conferiu uma interpretação diferenciada em relação ao entendimento do fenômeno da alienação no corpus sartrianum [Cf. Sartrean ethics (In : Sartre). New York, Cambridge Universitaires Presses, 1992, pp. 178-210], uma vez que o relacionou somente com uma espécie de “obrigação” que a condição humana deve aceitar no seu desenvolvimento temporal. Melhor : ela identifica esse fenômeno com a exterioridade produzida na tentativa do homem de superar a finitude que o cerca. Assim, Juliette conclui que a questão ética permanece em aberto no pensamento de Sartre, pois não há como imaginar o desenvolvimento da liberdade humana à margem da alienação enquanto “determinismo”. A nosso ver, a origem dessa interpretação diferenciada baseia-se na falta de explicação referente à influência exercida por Hegel sobre Sartre, apesar deste assinalar o caráter hipotético da redução do (...)
On connaît mal les écrivains, qui ils sont, comment ils travaillent et comment ils vivent. C’est ce constat qui a précédé la commande passée en 2003 par la Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes et la Région Rhône-Alpes, à l’initiative de l’Agence Rhône-Alpes pour le livre et la documentation, au sociologue Bernard Lahire : réaliser une enquête sur cette population singulière qui se distingue par sa « double vie » - professionnelle et littéraire. Trois ans plus tard, et après la remise des résultats de l’étude de Bernard Lahire, le sociologue lyonnais publie aux éditions La Découverte un livre qui fait grand bruit : "La Condition littéraire - la double vie des écrivains". Il y étudie, à partir d’une enquête réalisée auprès d’environ cinq cents auteurs vivant en Rhône-Alpes ou ayant de fortes attaches dans cette région, les conditions matérielles d’existence de celles et ceux qui, entre jeu littéraire et vie (...)
Que deviennent les lettres de Paul ? Comment ses lettres, en grec des épîtres, pensent-elles la lettre, l’écriture, les Ecritures, l’inscription, y compris celle dans la chair, la circoncision ? Cette question, loin d’avoir une portée philosophique ou historico-politique restreinte, est peut-être la matrice ou le tissu général qui permet de comprendre l’apparition des chrétiens parmi les juifs et à l’intérieur d’un certain judaïsme. L’analyse de ce qu’on peut appeler « l’équivoque juive de Paul » - son « marranisme avant la lettre » - permet peut-être d’approcher la possibilité du christianisme ainsi que du destin des juifs en Europe comme ailleurs. Cette équivoque participe à l’envoi et au programme des dispositifs historico-politiques de la tolérance et des (...)
Les péripéties complexes de la réception du programme philosophique que Jacques Derrida mettait en oeuvre depuis la fin des années soixante, le programme connu sous le nom de la déconstruction, restent inséparable d’une certaine accusation, soulevée contre lui surtout dans le contexte anglo-saxon, à savoir l’accusation d’un relativisme et, par voie de conséquence, l’accusation d’irresponsabilité (érigée, prétend-on, en principe philosophique). Une telle accusation, tout en étant injustifiée (comme on va essayer de le démontrer), n’est pas, néanmoins, tout-à-fait illogique.
Resumo: Inaugurando, no Collège de France, a 7 de janeiro de 1977, a cadeira de semiologia literária, Roland Barthes pronunciou uma aula magna, designada Leçon, texto dado à luz em 1978, que se constituiu no ponto de partida para a “aventura semiológica”, capitaneada pelo consagrado escritor. Passadas quase três décadas dessa pronunciação e tendo tomado diversos rumos a semiologia, não apenas a semiologia de cariz literário, fundada segundo o paradigma da lingüística, estruturada por Ferdinand de Saussure, convém investigar até que ponto as ponderações barthesianas ainda produzem significações e para quais horizontes elas apontam, sobretudo sob uma perspectiva semiológica, que enfoque questões de ensino, saber e poder.
Palavras-chave: Roland Barthes; Semiologia; Ensino; Saber; Poder.
Abstract: Inaugurating, at the Collège de France, the 7th January 1977, the chair of literary semiology, Roland Barthes pronounced a lesson, named Leçon, published in 1978, which has (...)
Entretien avec Gérard WORMSER paru dans Alternatives non violentes, n° 139, juin 2006.
Lors des troubles de religion dans l’Europe du 16e siècle, s’impose peu à peu en Confédération helvétique, dans le Saint Empire germanique, en Pologne-Lituanie et en France une coexistence confessionnelle au nom du bien public. La tolérance civile, désignée ainsi parce qu’elle répond au souci d’une paix politique, constitue une idée nouvelle ; elle se distingue de la tolérance religieuse condamnée par toutes les Églises et de la concorde religieuse irréalisable. Elle amorce la reconnaissance à la fois politique et juridique de minorités considérées pourtant comme hérétiques. L’une des manifestations de cette révolution institutionnelle est l’ « invention » du massacre, c’est-à-dire la destruction de civils sans défense condamnée comme telle. Bien que les crimes des conquistadores soient déjà dénoncés en vertu de la tradition thomiste, la répulsion face aux violences extrêmes s’affirme devant les exactions commises à l’endroit (...)
Lors des troubles de religion dans l’Europe du XVIe siècle, s’impose peu à peu en Confédération helvétique, dans le Saint Empire germanique, en Pologne-Lituanie et en France une coexistence confessionnelle au nom du bien public. La tolérance civile, désignée ainsi parce qu’elle répond au souci d’une paix politique, constitue une idée nouvelle ; elle se distingue de la tolérance religieuse condamnée par toutes les Églises et de la concorde religieuse irréalisable.
Conférence prononcée au (...)
In the dominant American political consensus at the beginning of the 21st century,the welfare state plays the same role Christianity plays within the Nietzschean genealogy of morals. That is, according to Reaganite economic theory, it is the welfare state, instead of Christianity, that is guilty of favoring the weak, thereby dampening the upsurge of primal forces associated with vigor and life.
Comment s’interroger sur le processus d’institution des normes sociales sans verser dans le déterminisme ontologique ? Cet article propose d’analyser des pistes permettant d’élucider la façon dont les normes s’imposent aux individus d’un ensemble social ainsi que la façon dont ces derniers se les représentent. Mots-clés : imaginaire, psyché, imitation, mentalisme, intention.
Le lien entre « normes sociales » et « processus cognitifs » nous invite à analyser d'une part le processus de (...)
Football et prostitution, en tant que pratiques, n’ont rien à faire ensemble. Le jeu de balle, comme mythe et comme symbole, est radicalement étranger à la réalité ordurière de la prostitution. De même, le supporter de football est aussi sportif que le consommateur de prostitué-e-s ou de vidéos pornographiques est amoureux. Mais leur conversion en spectacles et en marchandises produit une analogie psycho-politique instructive. Ces deux dispositifs spectatoriels ont, au-delà de leurs différences, des fonctionnements pulsionnels communs et des effets politiques complémentaires. Efficaces pour une fascisation douce et invisible des masses - du moins apparemment. Car ces dispositifs servent peut-être un but plus discret : assurer une domination iconique aussi universelle (...)
L’auteur, chercheur en sciences de la culture, utilise ses compétences et attentions en philosophie pour tenter de définir la corruption. Il découvre qu’il faut parler de l’« essence de la corruption » et non de ses manifestations secondaires ; et que cette « essence » s’enracine, littéralement, dans l’impermanence du monde, la morale et l’économie politique bourgeoise. Les matérialismes de Shakespeare, Nietzsche et Marx sont alors convoqués pour montrer que la corruption est encore une (...)
È vero, come sostiene Ignacio Ramonet, direttore di Le Monde Diplomatique, che i media da sentinelle della democrazia si sono trasformati nel problema delle democrazie ? Siamo nella suggestiva isola di San Servolo, a Venezia. Qui venerdì 23 giugno e sabato 24 si è svolto il seminario internazionale "I media tra i cittadini e il potere" organizzato da The World Political Forum insieme alla Provincia Etica di Venezia. Non si tratta però dell'ennesimo convegno, ma dell'avvio (...)
Dans Ecce Homo, Nietzsche met en avant une « casuistique de l’égoïsme » comme alternative aux règles de vie posées par la morale. Cet article commente le §10 du chapitre « Pourquoi je suis avisé », où l’enjeu philosophique de l’égoïsme est dévoilé. Au niveau individuel, l’égoïsme est conçu comme une cure contre la maladie morale, qui opère à trois niveaux : il rétablit le souci de soi contre le désintéressement, l’affirmation de soi face à l’autodestruction, et renoue enfin avec l’affirmation de la réalité face aux fantasmes des idéaux moraux. L’égoïsme a également une signification culturelle, car il est porteur de la création de nouvelles valeurs. L’importance accordée à l’égoïsme dans la réflexion du dernier Nietzsche doit être prise en compte dans l’interprétation de l’ensemble de l’oeuvre, et notamment de ses aspects (...)
Les parlementaires ont, semble-t-il, deux intentions. D’un côté, réformer l’institution judiciaire en général, empêcher en particulier une deuxième affaire Outreau. De l’autre, montrer qu’ils le font réellement, qu’ils désirent bien cette amélioration. Ces deux projets ne sont ni clairs, ni cohérents ; et le second a visiblement pris le pas sur le premier. L’exhibition de ce désir de réforme a pris la forme d’un spectacle télévisuel qui a (...)
Le pathos qui semble s’être emparé de l’exégèse heideggérienne nous pousse à poser la question : la différence ontologique est-elle une expérience limite de la pensée, où celle-ci achopperait nécessairement du fait de sa finitude ? L’ontologie ne peut-elle donc rien énoncer sur cet « événement fondamental » ? Nous pouvons en douter : entre son évocation - dans les Problèmes fondamentaux de la phénoménologie - puis sa thématisation - dans les Concepts fondamentaux de la métaphysique - et le désaveu de l’ontologie à en rendre compte, emblématisé par le style poétique et aphoristique de « L’Expérience de la pensée », Heidegger ne semble pas renoncer à penser la différence ontologique.
La paix doit être à la fois pensée et construite ; elle doit être savante et politique, pour reprendre l’expression de Weber (Le Savant le Politique). Si l’UNESCO ne faisait que penser la paix sans impliquer les politiques dans son Organisation, elle ne viserait qu’une paix idéelle. Inversement, une paix qui serait construite sans être pensée serait une paix de purs compromis politiques, un pragmatisme de la paix pour lequel les moyens justifieraient cette fin. Ce serait, surtout, prendre le risque d’une paix injuste, d’une paix qui serait une simple absence de guerre. Or, toute paix n’est pas bonne !
La société américaine accorde une importance indéniable à la mémoire et à la commémoration de la Shoah. En revanche, l’exception américaine consiste en un phénomène d’englobement de la mémoire juive dans la mémoire sociale américaine : tout comme l’histoire de l’esclavagisme ou du racisme, la Shoah sert d’exemple pour apprendre la démocratie, la tolérance, l’altruisme, l’amour du prochain. La Shoah y est un exemple d’autant plus convenable qu’elle renvoie tant à l’image de soldats (...)
Table Ronde « éthique et décret CMR » le 27 Mai 2005, aux 28èmes Journées Nationales de Santé au Travail dans le BTP.
Adepte des métaphores de Kafka ou connaisseur de l’univers hassidique, maître de lecture, comme il se plaît à se nommer, pour lequel l’enseignement se veut récitet commentaire mais aussi filiation, estimé de Scholem qui proposait en conclusion de son livre sur Les Grands courants de la mystique juive cette légende racontée par Agnon, George Steiner, professeur honoraire de littérature à Cambridge, habitué des cénacles et des rituels universitaires, officiant des savoirs consacrés, pourrait bien assurer à son tour la relève de ces wonder rabbis dont l’histoire juive est volontiers prodigue. Photo : Eglise de la Sorbonne, lithographie, Jean-Baptiste Arnout et Francois-Séraphin Delpech, Paris (vers 1820).
Dans cette analyse des rapports politiques entre Sartre et le PCF entre 1944 et 1948, je vais d’abord situer le PCF dans le paysage politique français tout de suite après la Libération. Ensuite j’examinerai les principales critiques lancées contre Sartre et l’existentialisme par le Parti et ses sympathisants. En conclusion j’indiquerai brièvement des différends entre le PCF et Sartre sur quelques questions politiques précises pendant cette période.
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Le fourgon et la pelle. Discours sur les femmes et discours du féminin dans les Essais de Montaigne
Madeleine Valette-Fondo
Descartes et la recherche de la Sagesse dans les Règles pour la direction de l'esprit
Carole Dely
A M. François Rigolot,
Il est difficile de mettre en rapport les pensées de Descartes et de Montaigne sans être saisi à la fois par la force de leur opposition, et par les échos manifestes de leurs pensées. La première partie du Discours de la (...)
Le visage de la haine trop ordinaire
Douce France ?
Ici commence l'histoire que les pages « société » de mon journal n'ont pas su narrer avant que l'incendie ne prenne. Tout à la fois splendide et misérable, impérieuse et pitoyable, s'avance la mauvaise troupe. Par un dimanche après-midi, sur l'esplanade majestueuse des Invalides, à Paris. Ils traînent, ont rendez-vous entre mauvais garçons pour un foot très précisément là où il est interdit de marcher sur la pelouse. (...)
André Schiffrin, auteur et éditeur, décrit le phénomène de concentration de la presse et la formation de monopoles aux Etats Unis et en Europe. Sur le même sujet il a publié deux livres : L’édition sans éditeur (2001) et Le contrôle de la parole (La Fabrique,2005)
Au lieu de concentrer l’analyse de la question politique sur les lois et leur fonctionnement, il est possible de mettre l’accent sur l’acte de gouvernement et ses conditions. En effet, de ce dernier dépend l’exercice effectif de la liberté des hommes, pour peu que nous admettions que de bonnes lois mal appliquées ne permettent pas son exercice réel. Cependant, dès lors que nous posons cette question du gouvernement, nous entrons dans une sorte de [dialectique] avec le [peuple], en particulier parce que nous admettons que le premier doit entretenir un certain rapport - pour l’instant indéterminé - avec le second. Le rapport au peuple, ou la façon dont on le considère, permettrait de juger et de classer les différents types de (...)
Dans cet entretien Michel Maffesoli, sociologue, aborde les valeurs du monde moderne : plaisir, image, initiation, nomadisme. Selon l’auteur, les systèmes et les institutions se sclérosent, et sont condamnés à disparaître afin qu’une culture nouvelle puisse voir le jour. Michel Maffesoli souligne l’importance de l’élan de la vie, du rêve et des formes spontanées de la production culturelle.
« Nous ne pouvons vivre que dans l’entrouvert, exactement sur la ligne hermétique de partage de l’ombre et de la lumière. » René Char. - Selon la célèbre formule de Carl von Clausewitz dans son traité De la guerre, celle-ci serait la « continuation de la politique par d’autres moyens », ceux d’un conflit public, armé et réglé entre Etats censé retracer les frontières et les limites des forces en présence. D’emblée, cette proposition oblige à penser la guerre selon une perspective métaphysique, les principes d’identité et de raison suffisante y étant clairement énoncés : la guerre ne serait pas la fin de la politique mais la politique elle-même en tant qu’elle survit à l’échec du dialogue pour établir, rétablir ou pérenniser un ordre. La guerre ne serait qu’un moyen appelé à se dissoudre dans le règne de la continuité vitale et de ses fins. De la guerre, il n’y aurait donc rien à dire, sinon à la faire ou à expliquer dans (...)
Nous connaissons tous, je crois, la scène : nous sommes le 18 février 1943, dans le Palais des Sports de Berlin. Seize jours plus tôt, le feld-maréchal von Paulus et sa VIème armée ont capitulé à Stalingrad. Pour la première fois depuis 1939, la Wehrmacht est vaincue dans un combat majeur. Pour la première fois, elle amorce un recul. Ce soir-là, devant un auditoire soigneusement choisi, le Reichskulturminister et Gauleiter de Berlin, Joseph Goebbels, prononce un discours pour retremper l’ardeur belliciste du peuple allemand. L’ambiance est exaltée. Elle devient proprement extatique au moment où, lors de la péroraison, Goebbels lance à son auditoire cette question fameuse : "Voulez-vous la guerre totale ?". Et l’auditoire, dans un des plus furieux moments de transe jamais organisés par le régime, répond : Oui (...)
"La guerre brutalise les hommes, au double sens du terme : elle les atteint dans leur chair et dans leur âme, elle les rend brutaux aussi". Cette phrase résume en elle-même l’approche historiographique récente de la Grande Guerre proposée, depuis plus d’une dizaine d’années, par les historiens européens du Centre de recherche de l’Historial de la Grande Guerre, créé en 1989. Elle réside avant tout dans la volonté commune de ces historiens de s’extraire de l’historiographie de l’immédiat après-guerre et des années 1930 - "tu n’as rien vu dans les années vingt et trente" - car elle a procédé, selon eux, à une histoire victimisante de la guerre, une histoire-bataille "vue d’en haut", où la violence de guerre est aseptisée, posant un "écran conceptuel" qui rend la Première Guerre mondiale et ses conséquences sur les sociétés belligérantes incompréhensibles. Les années 1970 et 1980, marquées par l’ouverture progressive des (...)
Entre les règles du droit, les déontologies relatives aux pratiques et les jugements moraux, la réflexion éthique relativement aux sciences médicales renvoie notamment à la notion de « contexte décisionnel », qui fait retour sur les conditions spécifiques d’un jugement engagé dans les pratiques pour établir leurs normes implicites. Le champ des connaissances et des pratiques applicables à la santé humaine se doit d’éviter tant le catastrophisme que l’utopisme par une réflexion interdisciplinaire.
Le mal-développement urbain et les excès de la spécialisation concurrentielle sont les conséquences intentionnelles de la suite brillantes de succès dont est faite l’histoire européenne, depuis que son essor s’est accéléré. L’humanité européenne a créé ces phénomènes successifs : industrialisation, exode rural, déportations, barbelés, tout ceci a été voulu, connu, tout autant que ce dont nous héritons du passé et ne pouvons être responsables que de ce nous avons voulu. Mais comment se fait-il que le patrimoine historique soit préservé quand il s’agit de monuments, tandis que nous avons simplement oublié les apports intellectuels qui désignaient déjà au XVIe siècles des responsabilités très concrètes dans les crises contemporaines (More, l’Utopie) (...)
Les événements du 11 septembre 2001 sont un « fait social total » et une épreuve de vérité pour les sciences sociales. Au piège tendu par des commandos décidés à mourir en semant le chaos parmi les incroyants répond une action militaire tardive contre des factions islamistes que les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite ont financé sur l’insistance du Pakistan pour éviter que l’Afghanistan ne soit gouverné par les militaires ayant triomphé des Soviétiques, et notamment par le commandant Massoud, qui fut un temps ministre de la défense du gouvernement internationalement reconnu à Kaboul. Sèchement résumées de la sorte, les circonstances du déclenchement de la première guerre du vingt et unième siècle semble moins constituer une lutte de civilisations qu’un jeu de miroir de l’Occident avec lui-même, dans sa prétention à régenter le (...)
Evoquer ce texte de Kant de nos jours constitue une occasion toute particulière pour mesurer l’état de la réflexion sur le droit international et les guerres. A l’instar d’Alain Pellet (Le Monde, 22 mars 2003), nous pouvons nous demander comment faire aller ensemble le souci démocratique et le droit international. Les Nations Unies peuvent-elles éviter de « donner une prime à l’agression », soit en laissant aux Etats-Unis les mains libres au Moyen-Orient au motif qu’il leur appartient de payer les pots cassés, soit en venant financer la réhabilitation et la sécurisation d’une région qui subit une agression que n’autorise aucun texte international (la notion de « guerre de défense préventive » n’existe pas en droit), bien qu’elle ne doive probablement jamais être sanctionnée : ni le Conseil de sécurité, ni la Cour internationale de justice ne s’en (...)
Des Écrits de Jeunesse aux Mots, Sartre se laisse définir comme un enfant des guerres et des défaites, dont la vocation est de surcroît marquée par le vide laissé par l’étroitesse de sa famille et l’absence de toute prescription faite sur son avenir. « Pas de surmoi » (Les Mots), mais peu de croyances, et la confusion entretenue de l’existence avec une scène théâtrale où les évènements sont joués « pour de faux », ou bien avec les conventions artistiques qui placent l’œuvre au foyer de toute considération sur le monde. Telle est au moins l’image que Sartre a conservé de sa jeunesse. Cependant, Sartre s’est progressivement engagé dans une existence qui acceptait non seulement la gratuité, mais aussi le tragique. Son scénario Résistance, en 1943, la mise en scène des Mouches, la même année, ou encore les Réflexions sur la question juive en 1944, ou enfin les premières esquisses des Cahiers pour une Morale en 1945 le disent (...)
En 62, Sartre représente, selon Derrida, une force déstabilisante, une trouée dans le paysage phénoménologique, bouleversant les certitudes husserliennes, comme Derrida le fera bientot lui-même. Mais quelques années plus tard, dans ’Les fins de l’homme’, conférence que Derrida a prononcée a New York en 1968, Sartre est devenu selon lui métaphysicien humaniste, auteur d’une ’ontologie phénoménologique’ qui est censée être une ’anthropologie philosophique’ (Marges, 137)
Rédigeant les Cahiers pour une Morale (Paris, Gallimard, 1983), Sartre poursuit, dans la ligne du "Pour-autrui" de l’Etre et le néant, et de ses Réflexions sur la question juive, la mise à jour des modes selon lesquels la situation qui scelle notre être-dans-le monde pose les conditions initiales d’une historicité qui, à cette date (1948) reste encore à thématiser dans nombre de ses dimensions. Bien qu’il ne les ait pas publiés, il est indéniable que les aspects les plus incisifs de ces Cahiers ouvrent le questionnement qui conduira à la Critique de la raison dialectique.
Resumo : O objetivo do artigo é compreender os limites da antropologia estrutural e histórica de J.-P. Sartre, porque significa o húmus do seu pensamento maduro. Noutros termos, esse artigo deseja compreender a antropologia estrutural e histórica enquanto Ciência. Para tanto, é preciso compará-la à ideologia (razão analítica) que procura suprimir o princípio da não-conformidade entre o Ser e o Saber através do exame da estrutura teleológica do inorgânico. Assim, a antropologia estrutural e histórica revela que essa ideologia significa a alienação do conhecimento, porque dificulta o desenvolvimento do autêntico materialismo histórico na História ; porém, é importante salientar que essa alienação do conhecimento é um dado fundamental na composição da antropologia estrutural e histórica, uma vez que mostra os seus limites. Convém observar que esses limites configuram a antropologia estrutura e histórica enquanto método científico baseado no conhecimento da alienação. (...)
Résumé : Cet essai analyse la présence de la mort, les discours du deuil, les panégyriques in memoriam aux amis, la grandiloquence funèbre, disséminés dans l’ensemble de textes (auto)biographiques sartriens, en fonction de l’importance fondamentale qu’assume la « rhétorique de l’épitaphe » dans les études de « l’amitié ». Cette importance est renforcée dans la mesure où dans l’(auto) épitaphe et la glorification de la mort elle-même, il est possible d’identifier la visée effective du projet (auto) biographique sartrien, qui théâtralise la présence de la mort dans la contingence de la vie, envisageant dans l’image de l’écrivain-posthume la vraie possibilité d’émergence d’une praxis scripturale.
Abstract : This essay analyses the presence of death, discourses of mourning, hortatory discourses in memoriam of friends, the mortuary grandiloquence disseminated in the set of Sartrien (auto)biographical texts, on account (...)
Depuis l’aube de sa pensée proprement politique jusqu’à la fin de sa vie, Jean-Paul Sartre a toujours considéré que le système électoral dominé soit par deux soit par plusieurs « partis », typique des pays occidentaux et qui se proclame le sommet de la démocratie réelle (à la différence des pays de l’Est, du « socialisme réellement existant », qui s’appelaient en même temps socialistes et démocratiques - par exemple, la Deutsche Demokratische Republik) était profondément mystificateur. Au moment du centenaire de sa naissance, ne lui doit-on pas un respect renouvelé pour ses idées dans ce domaine ? Voilà ma thèse. Sans examiner l’évolution de la pensée politique de Sartre, y compris ses opinions à propos des pays de l’Est, dont le socialisme n’était guère plus réel que la démocratie, ainsi qu’il le réalisa lui-même, je me bornerai plutôt à rappeler aux lecteurs certains aspects, et en particulier certains aspects iconoclastes, de (...)
Lorsqu’on se situe dans une perspective historique et empirique, on est souvent paralysé par l’impression de ne rien pouvoir dire de général sur les causes de la guerre : chaque guerre aurait des causes spécifiques, et toute généralisation serait simplificatrice. La guerre se présente en effet comme un « phénomène social total » : c’est un phénomène qui mêle et combine toutes les dimensions constitutives de la vie sociale, politique bien sûr, mais aussi économique, juridique, religieuse, technique, scientifique... Il est donc complexe, polymorphe, et, semble-t-il, irréductiblement singulier. Par conséquent, la guerre « en général » n’existe pas : le concept de guerre se résorbe entièrement dans la multiplicité de ses manifestations singulières, et il en va de même pour ses causes, au point que certains sont tentés de considérer comme « des légendes et des histoires de vieilles femmes » l’idée que la guerre en général a des causes identifiables, ou (...)
À la fois interactif et communautaire, l’espace de l’Internet inspire assez naturellement une réflexion sur le concept de la citoyenneté, dans les domaines des études sociologiques aussi bien que de la théorie politique proprement dite et du droit. (Texte d’une conférence prononcée le 27 mai 2004 dans le cadre du séminaire international : « De l’administration au gouvernement électronique : États et citoyens à l’heure des réseaux numériques »).
La guerre civile, division et danger de destruction immédiate pour l’unité politiquement constituée, est un état négatif qui frappe ce que nous appellerons génériquement la cité. Elle est souvent entendue comme le contraire de la guerre extérieure. Celle-ci peut alors tenir lieu de conjuration de la guerre civile. Il semble que dans le politique se joue une opposition entre guerres régulière et irrégulière, tolérable et intolérable. En ce sens la violence extérieure, affirmation de (...)
Là où l’historien rend toujours compte de la guerre par une conjoncture particulière, la psychologie sociale de Gabriel Tarde prétend au contraire mettre en évidence ses causes générales ou structurelles. Pour qu’un conflit éclate entre deux nations, il faut que les passions belliqueuses se répandent au sein de chaque camp et emportent l’adhésion des futurs protagonistes, car l’affrontement physique ne se produit que si les populations concernées le croient inévitable ou souhaitable. En ce sens, la guerre met d’abord en jeu des forces psychologiques, elle suppose une croyance et une volonté collectives dont il faut élucider la formation. Or, pour Tarde, la genèse de ce consensus met en jeu l’action combinée de trois institutions qui contribuent ordinairement à maintenir la concorde sociale : les médias, la coutume et l’armée. Nous analysons ici le rôle ambigu de ces trois mécanismes qui produisent la cohésion interne de la société et (...)
Il s’agit d’analyser les mécanismes guerriers du point de vue des spectateurs, voilà pourquoi il nous a semblé intéressant de rapprocher le théâtre d’Eschyle à travers la pièce Les Perses et la philosophie de Kant. En effet, Kant analyse le sens de la guerre et de la paix depuis la scène de l’histoire. Faire cela, c’est rendre possible la monstration des mécanismes guerriers, c’est en donner les causes et les motifs, c’est attirer l’attention sur le fait que la guerre est rendue possible par un certain ordre politique tyrannique ou despotique qui a lieu même en temps de paix. Dès lors, mettre au jour les mécanismes guerriers c’est porter à la scène - non pas l’événement de la guerre lui-même - mais les rouages et les éléments nécessaires au basculement dans la guerre. Le spectateur s’interroge alors non plus seulement sur ce qui entraîne la guerre mais aussi sur ce qui peut venir la contrôler ou l’empêcher. En (...)
Si Heidegger a tant pensé la guerre (Krieg) sous les formes que sont le combat (Kampf), la lutte (Streit) ou encore la confrontation (Auseinandersetzung), notion forclose comme nous le verrons dans la reprise de la notion héraclitéenne de Polemos, c’est qu’en celle-ci se manifeste cette tension primordiale de l’homme vers son pouvoir-être, cette capacité qu’il a à être cet « au-delà de soi » qui est aussi le mouvement même de sa propre transcendance. Existant en cette transcendance, c’est-à-dire tendu et en projet vers ce à dessein de quoi, ce qui pour lui fait monde, l’homme ouvre ainsi place en lui à ce « transcendens pur et simple » qu’est l’être.
Damnée par l’Eglise, admirée par les poètes : l’histoire humaine nous propose une image de la femme très contrastée, qui reflète toujours l’époque et l’idéologie sous l’influence desquelles elle a émergé. Qu’en est-il chez Jean-Jacques Rousseau, le philosophe peut-être le plus controversé ? C’est dans le cadre de l’œuvre Emile ou de l’éducation qu’il nous propose une définition de la condition féminine dans la société de l’époque.
Lorsqu’on lit les pages les plus élaborées du Visible et l’invisible de Merleau-Ponty consacrées à « l’interrogation philosophique », on est frappé par ce point : si l’on y voit assez clairement ce que la démarche de la nouvelle ontologie projetée ne doit pas être - ni une réflexion au sens cartésien, voire au sens husserlien de la réduction par la voie cartésienne ; ni une dialectique à la manière de L’Etre et le Néant du premier Sartre ; ni une méthode intuitive à la manière de Bergson ou de la Wesenschau husserlienne - on voit beaucoup moins clairement ce que, positivement, la démarche de la nouvelle ontologie devrait être. Le problème se pose plus particulièrement pour l’important fragment intitulé : « L’entrelacs, le chiasme », esquisse d’ontologie de la chair dont la démarche permettant d’établir les différents résultats n’est nullement (...)
On a pu croire que la théorie cartésienne de l’animal-machine avait perdu toute vertu heuristique, et que l’animal était, depuis lors, considéré comme un être sensible doté d’états mentaux. Or, on assiste avec le développement des techno-sciences, à une nouvelle réification de l’animal. Déjà la zootechnie moderne considère l’animal comme une « machine vivante à aptitude multiple ». Certes, il ne s’agit plus de l’automate cartésien : l’animal de la zootechnie est une machine thermodynamique dotée de mécanismes d’autorégulation, un engin cybernétique. On tente d’en améliorer le rendement énergétique, on tend à maximiser l’efficacité de toutes ses fonctions (nutrition, croissance, reproduction). La génétique contemporaine travaille sur une autre analogie : l’animal n’est plus une machine thermodynamique, mais un programme d’ordinateur, que l’on peut à loisir enrichir d’informations (...)
La conséquence immédiate de la célèbre affirmation l’existence précède l’essence fait de Sartre l’homme de la négation de l’intériorité psychique. Cette position développée par Gérard Wormser dans son livre Sartre (coll. Synthèse, Armand Colin, 1999) a pour le moins le mérite de soulever la question de cette intériorité qui paraît aller de soi alors que rien n’est moins sûr. Avec Sartre, nous devenons un champ de bataille où s’affrontent un certain nombre de forces qui, selon lui, restent extérieures à nous, même nos pulsions. Si elles se heurtent au monde, elles ne représentent en quelque sorte que le courant de la vie qui nous traverse mais qui nous resterait à jamais étranger. Quel rôle resterait-il à cette « conscience transcendante », à cette « praxis existentielle » qu’il appelle de ses vœux, si ce n’est, dès lors, d’échapper aux essences traditionnelles d’une nature humaine intangible ? Rien moins que la (...)
La récente loi du 4 mars 2002 relative aux droits du malade prévoit à l’article 11 la désignation d’une »personne de confiance » pour exprimer la volonté et recevoir l’information nécessaire au cas où la personne malade en serait incapable. Alors même que se pluralise la relation thérapeutique par la multiplicité des soignants, que devient le colloque singulier du médecin et du malade ? Quel rôle est appelé à jouer le proche ? Entre justice et amitié, comment pratiquer justement la sollicitude ?
Ici est développée une réflexion sur les difficultés d’une action médicale ou ses dérives lorsque la décision médicale doit (ou plutôt devrait) concilier les progrès de la recherche, les vues fluctuantes de la normalité, au sens références « normales », la quête du meilleur interlocuteur (l’enfant/ses parents) et une pluie d’autres considérations vraiment médicales. Tout ceci mis ensemble constitue un peu le fondement d’une éthique de notre action et en souligne les difficultés. Pour aborder cette problématique, je propose de prendre pour modèle « la gestion » de la croissance staturale de l’enfant : paradigme médical, priorités psychosociales et considérations économiques sont au centre de cette réflexion/action.
Ce texte s’appuie sur une pratique clinique et de recherche auprès de patients cérébro-lésés. Il essaye surtout de tracer des « pistes de réflexion » car le sujet abordé ici est difficile d’un point de vue clinique et épistémologique et jusqu’ici peu exploré. La psychopathologie psychanalytique et le cognitivisme ont des références et des modes d’approche totalement antinomiques. La psychanalyse, comme le rappelle Lacan est une praxis, centrée autour du transfert et de la causalité psychique inconsciente. Les sciences cognitives se situent du côté d’une psychologie expérimentale et de la causalité scientifique. Pourtant, à partir de la clinique des patients présentant des troubles cognitifs (patients psychotiques, autistes, déments, cérébro-lésés), la psychopathologie psychanalytique est concernée par la question de la (...)
Whewell, qui forgea l’expression « philosophie de la biologie » en 1840, voyait dans la biologie une authentique « science », c’est-à-dire une connaissance dégageant des relations constantes et universelles. De nombreux philosophes contemporains ont désormais une vision philosophique des sciences de la vie qui est exactement l’inverse de celle que soutenait Whewell. Il est devenu problématique d’interpréter les généralisations des sciences biologiques comme des lois. La plupart, sinon toutes les généralisations, apparaissent comme contingentes par rapport à des portions définies de l’espace-temps. Aussi la biologie est-elle alors qualifiée comme une science historique. L’objet de cette communication est d’examiner les arguments en faveur de cette thèse, et ses (...)
Dans cet article François Duchesnau, philosophe et historien des sciences, présente les conceptions qui se partagent le champ des connaissances sur le vivant, de l’époque moderne jusqu’à nos jours. Plutôt que d’antinomie des stratégies d’analyse, il conviendrait souvent, pour traduire adéquatement la perspective historique, de parler de tensions, d’alternances et en dernier ressort de complémentarité relative entre les modes de représentations dits mécanistes et vitalistes, holistes et réductionnistes.
With the definition of "brain death" in 1968, and the many refinements in interpretations of the beginning of life, it is clear that biomedical research has contributed to the redefinition of birth and death, the "bookends" of life. Developments in the Human Genome Project, cloning, and human embryonic stem cell research increase the complexity. It is no wonder that these changes are disturbing to ordinary people. They threaten traditional values, and increasingly involve government officials in setting or limiting the scientific research agenda. In this context, it is more important than ever that fundamental research is trustworthy. American universities, governmental agencies, and professional organizations have undertaken formal programs to instruct and guide future scientists about the responsible conduct of research and about ethical dilemmas that may arise from their work. This paper will describe the programs, which include discussions of interpersonal relations in the (...)
Sens Public : Economie et philosophie chez Adam Smith 1/7 - Tables des Matières
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Rencontre entre Michèle Narvaez, Gérard Wormser, Paul Zawadzki de Sens Public et Regis Debray après la parution de son livre " Le feu sacré, fonctions du religieux"
« Penser au féminin... serait-ce écrire au plus près de soi-même, d’un soi-même toujours inconnu, et par-là même accepter de perdre figure ? Le féminin ne désignerait pas alors l’un des termes d’une opposition (masculin/féminin, hommes/femmes) mais ce qui en eux ou à partir d’eux -incontournable- les transgresse. Moment parmi d’autres moments, et qui n’efface pas ces autres moments, mais qui sans les abolir les descelle. » Relire Montaigne à partir du questionnement de la différence sexuelle peut apparaître intéressant à plus d’un titre.
C’est le temps des vacances qui, pour la majorité d’entre nous, s’ouvre avec cette Université d’été, le temps inséparablement lié à l’événement du voyage. Pour entretenir l’esprit de ces premiers jours du mois du juillet qui nous invitent au départ et nous promettent les pays lointains, j’aimerais, dans mon exposé, m’interroger sur la relation de notre sujet, la différence des sexes, avec l’expérience que nous partageons tous ici à Lyon : le voyage. Mais comment lier deux termes apparemment si hétérogènes, voyage et différence sexuelle ? Une solution s’offre à nous avec l’oeuvre de Paul Virilio - philosophe, urbaniste, architecte, historien de l’art militaire et critique des nouvelles technologies de la (...)
Le thème de la différence crée l’axe central de la philosophie contemporaine française, et la différence des sexes paraît être l’archétype de toute la différence. L’opposition masculin/féminin semble être cachée au fond de toutes les différences pensables. La différence de sexes joue alors un rôle principal dans la constitution de la pensée humaine et des ses catégories. Cet exposé montrera d’abord que la différenciation est le principe fondamental de notre perception et de notre réflexion, et que c’est l’opposition entre le masculin et le féminin qui est le modèle de toutes les autres oppositions.
L’esthétique phénoménologique et herméneutique fournit quelques pistes de réflexion en cherchant à avancer une « vraie » définition de l’art tel qu’il est créé par les femmes. Je refuse le terme d’ « art féminin », mais je pense qu’il faut bien accepter l’existence de l’art des femmes qui constitue évidemment un champ spécifique de l’art. Je n’ose pas en exposer les critères puisque l’art n’a pas de règles et je ne veux risquer d’en imposer. Il semblait que le modernisme institutionnel ouvrirait aux femmes les portes du monde de la création artistique dans l’Empire des nouvelles libertés. Devenir femme artiste du modernisme signifiait avoir un espoir, cela signifiait être plus qu’une femme. Mais c’était une illusion puisque les femmes se sont retrouvées dans une position autre, quand bien même paradoxale. Quelque fut leur sensibilité esthétique, leurs prétentions au poste de vraies artistes (...)
Peut-être se souviendra-t-on de l’exposé d’Hubert Vincent de l’année passée dans lequel il citait une interview avec une femme qui avait perdu sa fille dans l’attentat à Oklahoma City en 1995. Dans la description de la mère en deuil faite par le journaliste, on trouvait juxtaposées sa beauté et sa douleur, comme si la douleur, la « fêlure », lisait-on dans l’interview, était physiquement présente, et, qui plus est, comme si cette fêlure était inscrite dans la beauté même de la femme, incitant ainsi à une compassion très spécifique. Voilà une situation particulière qui cache, à mon avis, une attitude historiquement très bien ancrée remontant à la constitution de la notion de la femme en tant que « sexe faible » chez Aristote à travers la modification délibérement apportée par la doctrine chrétienne jusqu’à la conception de la féminité d’Emmanuel Lévinas. C’est par une lecture, ou plutôt une relecture un peu hasardeuse, je (...)
Au cours de l’automne 2001, j’ai réalisé, dans le cadre d’une étude de cas sur les conditions de la vie des femmes cadres, 15 entretiens non standardisés avec des femmes occupant des fonctions de cadres moyens et supérieurs dans une entreprise multinationale qui exerce ses activités dans le domaine des services financiers en République tchèque. La plupart des femmes interrogées avaient entre 28 et 35 ans et travaillaient à la gestion d’un groupe de dix subalternes jusqu’aux positions les plus élevées de cette entreprise.
Continent vierge des études féministes au début des années 1990, l’Europe centrale et orientale a fait l’objet d’un grand nombre de programmes d’études et d’échanges intellectuels, qui ont cherché à définir la signification de l’expérience communiste du point de vue du genre et, tout à la fois, à mesurer l’influence des débats suscités par les féministes dans le monde occidental au cours des trois dernières décennies. Cependant, la vive discussion qui s’est rapidement instaurée entre spécialistes du genre de l’Est et de l’Ouest, de même que les paradigmes spécifiques développés par les sciences sociales dans l’étude des sociétés communistes, puis post-communistes, invitent à une vigilance méthodologique riche (...)
Résumé : Il est important d’interroger le fait religieux, les cultures religieuses, sur leur manière de penser la différence des sexes car nos sociétés sont encore largement héritières de normes et de valeurs produites par ces cultures. L’ouverture d’un champ – ici la recherche historique avec la rencontre devenue possible entre histoire des femmes et du genre et histoire religieuse – et le dialogue avec les sciences sociales – les outils de l’anthropologie, de la sociologie, mais aussi de la philosophie sont précieux – s’avèrent indispensables et d’autant plus nécessaires quand il s’agit d’aborder un sujet aussi ample et passionnant que celui de la différence des sexes.
Françoise Collin s’attache à l’analyse critique de la notion même de « rapports sociaux de sexes » dans sa confrontation avec celle de « différence des sexes » mais aussi avec celle, plus récente, d’indifférence des sexes, et à leurs rapports respectifs avec la question de la domination. L’auteur traque ainsi la notion de naturalisme jusque dans la forme du « naturalisme achevé ».
Dans cet article, l’auteur montre comment le discours médical a pu permettre au pouvoir politique de valider l’inégalité sociale et politique entre les hommes et les femmes.