Illustration ex-libris d’Edouard Manet pour la traduction par Mallarmé du "Corbeau" ("The Raven") d’Edgar Poe, 1875.

Le Livre à l’ombre du Journal : deux représentations de la littérature à la fin du 19e siècle


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Mots-clés: Arts et lettres,Poésie,Mallarmé, Stéphane,Maupassant (de), Guy,Bourdieu, Pierre,Barthes, Roland,Édition, presse et médias

1 Message

  • Difficile de comprendre l’exigence mallarméenne de rareté, de « pureté », de luxe, si l’on ne sait à quel degré d’exigence lui-même soumettait sa propre production poétique. Il s’y est engagé corps et âme.

    Il ne faut pas oublier sa déception, son amertume lorsqu’il vit rejeter son Après-midi d’un Faune par la Comédie Française. Aussi se résigna-t-il un temps à oublier son espoir de théâtre, son espoir de sortir le poème du livre.

    Pour moi la mort du poète est liée à son grand poème Hérodiade. On sait qu’il a commencé la composition de ce « Mystère » vers l’âge de 20 ans, et qu’en dépit d’immenses difficultés, de découragements, de pertes d’illusions, il continua à puiser dans sa vie les moments d’inspiration qui lui permirent de poursuivre son effort.

    Trois décennies plus tard, Marguerite Moreno jeune actrice de la Comédie Française lui promit de faire accepter l’oeuvre par l’illustre maison, s’il parvenait à la terminer. Il fit comme s’il y croyait. Mais la mort surprit le poète sur ses brouillons inachevés.

    Hérodiade représente un engagement physique complet de l’artiste dans son oeuvre. Malheureusement beaucoup d’artistes ne sont pas encouragés à créer des choses vraiment neuves, car le conformisme des institutions ne défend que la routine et n’encourage que la copie. L’université est toujours en retard d’une création, et la critique souvent dépassée, exténuée par tout ce qu’il lui faut voir.

    Voici l’unique mise en scène d’Hérodiade que l’on trouve aujourd’hui sur le Net. C’est déjà bien que des acteurs se risquent dans un tel projet ! Mais ces interprètes pourraient donner des leçons aux meilleurs à mon avis !

    Les deux derniers extraits montrent bien l’ambiguïté du personnage d’Hérodiade prise entre son rêve d’absolue pureté, et sa passion pour Jean le Baptiste son captif. Cette dualité est proprement mallarméenne. "La poésie me tient lieu de l’amour" écrivit Mallarmé jeune.

    On a pu faire de la mort soudaine de Mallarmé étouffé par un spasme de la glotte, une transposition psycho-physiologique de la décollation de Saint Jean. J’ai l’impression d’une vérité en voyant le final du spectacle.

    http://www.youtube.com/watch?v=cs5O...

    http://www.youtube.com/watch?v=2Qf3...

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