Sur la passade pétainiste de Paul Ricoeur : un bref épisode ?

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)


captcha

Répondre à cet article

7 Messages de forum

  • Enfin. Il se trouve que j’ai aussi fait quelques recherches sur cet épisode, d’abord irritée par divers articles de Paul Ricoeur dans le journal Le Monde et la stature d’autorité morale incontestable, et rarement contestée, du personnage.

    Je me permets deux observations supplémentaires : Le discours de Hitler du 30 janvier 1939, prononcé en pompes exeptionnelles à l’Opéra Krol à Berlin (et non comme d’habitude à la même date devant le Reichstag) , était suffisamment important pour figurer dans la chronologie du mois de janvier 1939 établie par Daniel Lindenberg (Les Années souterraines, 1937-1947, La découverte, 1990) ; juste après l’entrée des forces nationalistes à Barcelone le 26 , qui désolaient tellement Paul Ricoeur, et après l’interdiction des professions médicales aux Juifs en Allemagne, le 17 janvier. L’article de Paul Ricoeur en mars pose évidememnt diverses questions que Robert Lévy formule comme il convient, avec mesure et clarté. Mais au moins, cet article dément de façon indicutable l‘hagiographie d’un Ricoeur tellement déçu par la politique qu’il avait la tête ailleurs ; il était manifeteemnt très au courant de l’actualité, chargée, des trois premiers mois de 1939. Il est d’autant plus difficile de croire qu’il pouvait ignorer le sort de Husserl qu’il avait le projet de traduire et traduira au camp. Comment le philosophe germaniste Ricoeur, pouvait-il ignorer que le philosophe allemand Husserl avait été destitué de sa chaire en raison de l’origine juive de son épouse, mais bénéficiait néamoins d’un statut protégé en tant que père d’un fils mort pour la patrie en 14-18 ?

    J’ai lu les Mémoires posthumes de Georges Gusdorf. On y trouve non seulement la description de sa rencontre avec Paul Ricoeur (qui n’est pas nommé), mais surtout de sa stupéfaction et de celle de ses camarades en transit entre deux camps, devant la vie confortatble et douillette que menaient les officers de l’offlag II b, gentiment appelée par les soladts allemands "la chambre des philosophes".

    Répondre à ce message

  • Sur la passade pétainiste de Paul Ricoeur : un bref épisode ?

    13 mai 2008 02:01, par Anne Lise Volmer-Gusdorf

    Bravo pour cette étude fine et dépassionnée. Dans le manuscrit du "Crépuscule des illusions", Georges Gusdorf citait nommément Paul Ricoeur au chapitre "Captivité" (p. 207). Aucun éditeur n’a accepté de publier l’ouvrage en l’état, et Georges Gusdorf s’est opposé à tout caviardage. L’ouvrage n’a donc pu être publié à la Table Ronde qu’après sa mort.

    La même censure a été appliquée, cette fois ci par Paul Ricoeur lui même, au roman autobiographique de Christophe Donner, "L’esprit de vengeance", où celui-ci raconte comment il a connu et fréquenté pendant de nombreuses années Paul Ricoeur et sa famille. Christophe Donner est le petit fils de Jean Gosset, normalien, philosophe, résistant, proche d’Emmanuel Mounier, arrêté en 1944 et envoyé à Neuengamme où il est mort quelques mois plus tard. C’est sa place au sein de la communauté de la revue "Esprit" aux Murs Blancs dans le parc de Chatenay Malabry que Paul Ricoeur a occupée après la guerre et jusqu’à sa mort.

    "L’esprit de vengeance" a été publié caviardé chez Grasset en 1992. Dans le récit de la rencontre de Paul Ricoeur et du petit fils du résistant, la réalité dépasse de loin la fiction.

    Répondre à ce message

  • J’ai lu attentivement le texte de Robert Lévy intitulé « Sur la passade pétainiste de Paul Ricoeur », que le site Sens public a mis en ligne. Ce texte est né, nous est-il dit, de l’achat « pour ainsi dire par hasard », en 1992-93, d’une revue à la gloire du Maréchal Pétain, avec des articles de Paul Ricoeur qui témoignent d’une « passade pétainiste ». Le « hasard » a bien fait les choses, c’est le moins qu’on puisse dire. Le titre du texte de R. Lévy, le point d’interrogation qui le ponctue, les questions purement rhétoriques du « résumé » (dû à l’auteur ou aux responsables du site ?), l’orientation de l’article, les insinuations voire les mises en demeure dans la conclusion… laissent en effet peu de doutes sur le « sens public » d’un article où les « recherches » relèvent plus des efforts du procureur que de ceux de l’historien. R. Lévy se dédouane habilement par avance de ses limites au prétexte de ne pas l’être – historien. Un peu plus, il nous ferait croire à une passade de « professeur de philosophie en Première supérieure ». Car même en admettant les excuses du non historien et en prenant en compte la qualité de philosophe, la copie reste médiocre : aucun contexte n’est restitué, un seul témoin - à charge – est mentionné, aucune confrontation sérieuse de sources multiples n’est assurée (M. Lévy a pourtant eu près de quinze ans pour le faire). Qu’on lise la biographie, revue et augmentée, de Ricoeur par François Dosse (la Découverte, 2008), et on aura une idée de ce qu’un véritable historien peut faire et dire d’un sujet que Robert Lévy traite de manière si approximative. A vrai dire, le hasard initial, dont il fait si benoîtement le récit, se transforme au fil de son texte en nécessité sans surprise. Il s’agit surtout de faire en sorte que la « passade » devienne un passé qui ne passe pas. Et les questions finales tombent comme de vieilles antiennes que j’ai l’impression d’avoir déjà lues ailleurs. On n’est pas ici dans l’espace (le sens ?) public d’une discussion raisonnable et ouverte entre gens de bonne foi pour établir la vérité, mais dans le sens unique d’une enquête policière – qui n’a qu’un objectif : discréditer Ricoeur, pour certaines raisons qui sont dites et d’autres qui ne le sont pas. Le lecteur qui voudrait objecter est placé dans une tenaille délibérée : qu’il ne dise rien, et on dira qu’il consent ; qu’il défende, mais se défendre c’est avouer. Comptant pour rien l’épreuve même du camp où l’information était filtrée par une propagande intense, mais mettant une précision d’inquisiteur à débusquer les contradictions entre les dates données par Ricoeur, on tente ici de prolonger et d’essentialiser une adhésion passagère à Pétain (qui n’est pas encore le pétainisme), pour délégitimer tout ce qui suit. En amont, on appelle à la rescousse un texte de 1939, interprété par un discours de Hitler et avec l’aide de Heidegger : quelle subtilité dans le rapprochement des hommes et des mots ! En aval, sur les camps en 1944, on renvoie au témoignage d’un seul témoin : si son jugement irrité est aussi éclairé que dans l’entretien de lui qu’on trouve sur Wikipedia, à propos de sa reconnaissance en France et de mai 68, merci ! Pour conclure, on pose gravement des questions qu’on voudrait « profondes », en suggérant par exemple que la passade pétainiste pourrait bien s’expliquer par le personnalisme de Mounier et qu’il reste beaucoup de choses obscures. Ben voyons ! Au lieu de discuter une philosophie – ce qui serait parfaitement légitime, Ricoeur n’est pas une idole -, on cherche à la délégitimer par la biographie de son auteur. Mais outre que les moyens pour donner consistance historique à ce projet sont particulièrement faibles ici, le procédé est, intellectuellement parlant, nul, même si ses objectifs sont atteints : jeter le soupçon, disqualifier. Vous avez dit « pétainiste » ? Tout est dit. Pour des raisons qui sont les siennes, et que son titre de prof de philo brouille voire occulte, Robert Lévy ne fait que rejoindre ainsi la cohorte auto-satisfaite, aujourd’hui, de tous ceux qui savaient tout et auraient certainement été résistants dès juin 40, que dis-je, en 39, en 36, en 33…. Cela leur permet de juger les morts impitoyablement, hors contexte, de façon anachronique, indistincte, arbitraire : tel qui est resté toute la guerre aux terrasses et dans les caves de Saint-Germain des Prés est un héros, tel autre qui a suivi Pétain avant d’entrer dans la Résistance dès 1942 est un paria. Ces variations intéressées sur l’adhésion momentanée à Pétain ne sont pas seulement bêtes : elles sont dégoûtantes.

    Jean-Louis Schlegel Editeur au Seuil

    Répondre à ce message

    • Cette réponse est une illustration particulièrement "dégoûtante" de ce que son auteur reproche à Robert Lévy : la disqualification de l’auteur plutôt que la discussion à laquelle il invite explicitement ; et le soupçon sur des intentions mystérieuses signifié par l’usage systématique des guillemets. Quant au style, il est stupéfiant de la part d’un éditeur : "Bête.... Dégoûtant ...Ben voyons ! ....Vous avez dit pétainiste ? ....la cohorte des autosatisfaits....tel qui est resté toute la guerre aux terrasses des cafés de St Germain des Près (on suppose qu’il s’agit de Sartre ?)....Que dis-je..résistant en 39, 36, 33 ?" (il en fut, en tout cas en Allemagne et en particulier chez des théologiens protestants que Paul Ricoeur connaissait très bien.)

      Nicole Delattre

      Répondre à ce message